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LA BOURSE DE TRADUCTION DU PRIX NATHAN KATZ DU PATRIMOINE

2013

Philippe ABRY

Philippe Abry est né le 9 mai 1980 à Colmar, il est titulaire d’un DEA d’Études germaniques de l’Université Marc Bloch de Strasbourg (2003) et d’un DESS de Traduction littéraire (ITI-RI, Strasbourg, 2006).

Il a suivi en 2006 le programme franco-allemand Georges-Arthur Goldschmidt pour jeunes traducteurs de l’OFAJ/BIEF (Paris, LCB Berlin, CITL Arles). 

Il a notamment traduit de l’allemand : Caroline Emke, Verwandlung als Form des Überlebens (traduction parue in : Sasha Waltz, Cluster, Henschel, Berlin, 2007) ; Imre von der Heydt, Une cigarette ?, traduction de Rauchen Sie ? Verteidigung einer Leidenschaft, (Éditions Actes Sud, Arles, avril 2007) et Daniel Ender, Aspekte der Musik von Beat Furrer (traduction parue in : L’inouï, IRCAM/ éditions Léo Scheer, Paris, 2006).

Il est traducteur de l’allemand et de l’anglais pour la chaîne Arte (adaptation de documentaires et reportages destinés à Arte Journal, Arte Reportage, Arte Découverte). 

Il traduit également pour la presse (grands reportages, géopolitique, théâtre, musique, questions de société, art de vivre…).

BIBLIOGRAPHIE

Cent ans après la mort de Stadler et cent ans après sa première publication, il était urgent que paraisse enfin en français la traduction intégrale du texte majeur de la littérature expressionniste en Alsace, Der Aufbruch.

 
C’est dans ce but que le Jury du Prix Nathan Katz du Patrimoine a décidé d’attribuer sa Bourse de traduction 2013 à Philippe Abry en vue d’une publication bilingue de ce texte en mars 2014. 

À l’occasion de la remise du Prix, le 22 mars 2014, a paru aux Éditions Arfuyen, partenaires des Grands Prix Littéraires de Strasbourg, la première traduction intégrale de ce texte, traduit de l’allemand par Philippe Abry, présenté par Charles Fichter et introduit par un poème d’Adrien Finck.

DISCOURS

DISCOURS DE RÉCEPTION DE LA BOURSE DE TRADUCTION DU PRIX NATHAN KATZ DU PATRIMOINE PRONONCÉ LE 22 MARS 2014 EN L'HÔTEL DE VILLE DE STRASBOURG

Ernst Stadler avait intitulé son recueil majeur Der Aufbruch, Le Départ. Un départ appelle un parcours, une trajectoire, et une destination. Et pour l’homme Ernst Stadler, la destination finale allait intervenir de manière ô combien prématurée lors de la première bataille des Flandres, en ce funeste 30 octobre 1914 près d’Ypres, en Belgique. Mais la destination de son œuvre, elle, est loin d’être définitive.

Près d’un siècle après la mort du poète, Strasbourg et l’Europe fêtent son œuvre. Une œuvre et une vie emblématique des déchirements, des soubresauts mais aussi du dialogue qu’incarnent notre ville, notre région et notre Europe. Car si Stadler, malgré son parcours éphémère est un représentant majeur de l’expressionisme, c’est aussi un incroyable passeur, un médiateur entre les cultures et les époques. Lecteur et traducteur de Charles Péguy et Francis James, exégète du Parsifal de Wolfram von Eschenbach, auteur d’une étude des traductions de Shakespeare par Wieland… avec Stadler, c’est toute une Europe de l’esprit qui est conviée, par-delà les frontières.

Traduire Stadler a été pour moi un véritable voyage, une odyssée qui m’a fait appareiller vers une destination que j’ignorais. Vers l’œuvre, tout d’abord, que j’ai découverte au fur et à mesure que mon travail progressait. Vers un arrière pays aussi, lointain et familier, que j’étais loin de soupçonner lorsque j’ai embarqué pour cette traversée. Permettez donc, Mesdames et Messieurs, que le traducteur que je suis se livre un tant soit peu.

En se tenant strictement à la puissance d’évocation des dates, j’ai un jour constaté que Stadler aurait pu être mon arrière-grand-père. L’univers de Stadler, le monde qui était le sien, cette civilisation qui allait se découvrir mortelle comme le disait Paul Valéry, ce monde est celui dont je viens. Mes origines mêlent une lointaine Savoie, l’Alsace d’après la Réforme, la Lorraine et la Hesse. Mon arrière grand-père maternel, né à Kassel est mort sur le Front de l’Ouest, mon grand-père ne l’a pas connu. Mon arrière grand-père paternel, un Strasbourgeois, est mort après l’armistice, épuisé par les privations. C’est à peine si ma grand-mère l’a connu.

Traduire Der Aufbruch a été pour moi un départ vers l’œuvre d’un poète. Mais ce mouvement a été double. Par la force du vers, ce départ a aussi marqué un retour, dont j’ai pris petit à petit conscience. « Je rebrousse chemin vers la maison natale » écrit Yves Bonnefoy dans les Planches courbes. Le corps à corps livré avec l’œuvre de Stadler a été un retour vers les origines d’une lignée, mais aussi vers des lieux. Car Der Aufbruch dessine une cartographie. Le Mont Sainte-Odile d’Herrade de Landsberg, la Forêt Noire de Simplicius, la statuaire de la cathédrale de Strasbourg, le vignoble – qu’il soit à l’est ou à l’ouest du Rhin, autant de lieux vécus, imaginés, transformés, revisités par le poète et qui résonnent comme un écrin familier :

Ici est le recueillement. Ici est la paix, l’écoute des jours et des nuits qui
se lèvent et disparaissent


J’aimerais à présent remercier Jean-Paul Gunsett. Une voix et une plume à qui je dois la découverte de Stadler et sans qui je ne me serais jamais lancé dans cette aventure.

Je tiens également à remercier le jury du prix Nathan Katz et Gérard Pfister pour l’honneur qu’ils m’ont fait en me confiant la traduction d’Ernst Stadler.

Je souhaiterais encore partager avec vous une pensée. Elle s’adresse à mon Grand-père, Charles Abry, né en en 1914 et qui nous a quitté en 2002. C’est lui qui m’a transmis l’amour du verbe et de belles lettres.


INTERVENTION DE PHILIPPE ABRY AU COURS DE L'HOMMAGE À ERNST STADLER AU MUNSTERHOF LE 19 MARS 2014

La découverte d’Ernst Stadler a été pour moi le fruit d’un concours de circonstance. J’avais entendu parler de cet auteur durant mes études. Grâce notamment à l’engagement d’Adrien Finck dont nous avons entendu Sur le tombeau d’Ernst Stadler en ouverture de cet hommage. Et bien sûr grâce à l’enseignement de Maryse Staiber dont j’ai été l’élève. Néanmoins, mis à part un ou deux textes évoqués lors de séminaires de littérature ou parcourus au gré de quelque anthologie, Stadler m’a longtemps été bien lointain, très éloigné de ce vers quoi mes penchants littéraires m’orientaient de prime abord.

Et puis un jour, Jean-Paul Gunsett m’a fait savoir que le Jury du Prix Nathan Katz du Patrimoine prévoyait d’honorer Ernst Stadler à l’occasion du centenaire de sa disparition. Nous étions alors en 2011 et l’horizon du printemps 2014 appartenait à l’avenir. Gérard Pfister m’a ensuite contacté et proposé de lui soumettre la traduction d’un poème de Stadler. C’est ainsi que je me suis lancé dans la traduction de la Traversée nocturne du pont du Rhin à Cologne. Les choses sont allées très vite, mon adaptation de la Traversée a trouvé grâce aux yeux du jury et voilà que m’incombait la tâche de traduire Der Aufbruch.

Der Aufbruch – Le Départ… Rarement titre aura pu être aussi prémonitoire. Car en me lançant dans cette aventure, j’ai littéralement appareillé pour des rivages insoupçonnés. J’avais choisi d’aborder le recueil par la traduction que j’allais en livrer. Je ne l’ai donc pas lu au préalable. Je l’ai découvert au fur et à mesure que mon travail de traduction progressait. Cette démarche relevait pour moi d’un choix proprement éthique. « Le texte, le texte, rien que le texte », comme disait Gérard Genette. Cette approche permet de s’approprier une œuvre, de l’intérioriser dans un acte ou le geste se mêle à la réflexion. Mais ce parcours n’a pas été sans heurts. L’œuvre de Stadler n’est pas de ces œuvres immédiates et flatteuses. Les résistances, les aspérités sont nombreuses. Il faut à un moment accepter que cette œuvre s’offre à vous pour pouvoir l’appréhender et tente de la restituer. Mais comme le disait le poète, « Form ist Wollust »… La forme, c’est la volupté. Et lorsque l’on accepte cette forme, cette forme qui tantôt vous prend à la gorge et menace de vous étouffer, et tantôt vous ménage des échappées aériennes, il y a indéniablement une volupté à mener un corps à corps avec le texte pour en livrer une adaptation qui fasse sens et restitue le mouvement qui l’anime. Oui, le traducteur en prise avec le texte, les mains dans la farine, éprouve cette volupté de plier, tordre la matière verbale pour qu’advienne le passage dont il est investi.

Dans cette traversée qu’a représenté pour moi la traduction de Der Aufbruch, j’ai navigué vers un arrière-pays que j’étais à mille lieues d’imaginer. Mélange d’étrangeté et de familiarité. Car si la langue de Stadler a de quoi dérouter par moments, son univers n’en reste pas moins étrangement familier. Ernst Stadler était en effet contemporain de mes grands-parents, que je n’ai d’ailleurs pas connus. A travers lui, j’ai plongé sans m’en rendre compte dans ce monde d’hier dont je suis issu. Un départ et un retour aux origines à la fois. Aufbruch – Heimkehr, Départ – Retour… comment ne pas penser à notre grand René Schickele… L’expérience ne vous laisse pas indemne, et l’émotion est souvent à deux doigts de vous submerger. « Je rebrousse chemin vers la maison natale », écrivait Yves Bonnefoy.

Et parlant d’émotion, il m’est impossible de ne pas vous confier l’immense surprise que je viens de vivre en entendant les poèmes d’Ernst Stadler, ces poèmes que j’ai traduits, aussi formidablement mis en voix par Martin Adamiec. C’est un cadeau précieux, un cadeau rare qu’il m’a été donné de savourer. Merci, Martin, merci pour cette incarnation du Départ. Le traducteur qui œuvre dans l’ombre n’a pas souvent la chance d’entendre sa production aussi magistralement honorée. Je tiens également à remercier Charles Fichter. Comme je viens de vous l’avouer, j’avais choisi de découvrir Stadler par son œuvre, en le traduisant. Grâce à Charles, j’ai pu découvrir l’homme Stadler, ses engagements, son parcours personnel, son époque. Merci Charles pour ce lumineux éclairage, pour ce patient travail, exhaustif et lumineux à la fois.

DOCUMENTS

PRÉSENTATION DE LA VIE ET DE L'ŒUVRE D'ERNST STADLER PAR CHARLES FICHTER AU MUNSTERHOF LE 19 MARS 2014

Je parlerai d’abord de sa vie, de jeune universitaire surtout, puis de son œuvre, essentiellement de celle dont nous vous proposons la lecture aujourd’hui, Der Aufbruch. ( Le 100° anniversaire de sa mort est aussi celui de la première édition bilingue d’Aufbruch ).

Ernst Stadler naquit à Colmar le 11 août 1883, treizième année du rattachement de l’Alsace au Reich allemand. Il mourut le 30 octobre 1914. Sa vie fut brève, et en Alsace elle est longtemps restée dans l’ombre de celle de René Schickele.

Ses parents étaient tous deux d’origine bavaroise. Son père, Adolf Stadler, issu d’une famille de petits paysans catholiques fut d’abord avocat général à la Cour d’appel de Colmar puis, en 1895, appelé au ministère d’Alsace-Lorraine à Strasbourg. La famille habita alors tout près du Palais Universitaire, dans l’actuelle rue Grandidier. Le père gravit rapidement tous les échelons de l’administration impériale pour devenir le « Kurator » de la toute nouvelle université.

Sa mère était protestante. Ernst Stadler fit ses études secondaires au lycée protestant. Tandis que son frère aîné faisait une carrière juridique et politique, lui-même se destinait à une carrière universitaire.

Ernst Stadler fait partie de cette génération qui a 18 ans en 1900 et qui, après le mouvement de Protestation qui a suivi l’annexion, se sent capable de faire la synthèse entre les traditions française et allemande dans ce qu’elles avaient de meilleur. « Die Blüte zweier Traditionen. »

C’est d’ailleurs cela le sens profond de toute l’aventure de la revue Der Stürmer (l’Assaillant) en 1902.

Profitant de l’abolition de ce que l’on a appelé le Paragraphe de la Dictature, profitant donc d’un régime plus libéral pour la presse, il crée avec René Schickele et Otto Flake la revue Der Stürmer, qui regroupe des Alsaciens et des Allemands de souche, ce qui n’est pas habituel, et qui critique à la fois la « Heimatliteratur » prônée par l’empire et le théâtre dialectal tel que le conçoit Gustave Stoskopf. Cette petite revue se donne pour but de susciter une renaissance de la littérature alsacienne.

La liberté de création appelle la liberté politique et ces tout jeunes poètes et intellectuels vont passer rapidement pour des rebelles en politique aussi. Mais cette première expérience n’aboutit pas à la révolution rêvée et le groupe doit se séparer au bout de 6 mois. La revue pourtant, par la qualité de ses collaborateurs, ses exigences et son projet, deviendra une référence pour la littérature alsacienne.

Tandis que René Schickele et Otto Flake renoncent aux études pour tenter une carrière littéraire, Stadler, fils de haut fonctionnaire, est obligé de se consacrer à ses études. Cette même année 1902, il s’inscrit à l’université de Strasbourg, en philologie romane, en linguistique comparée et en langue et littérature allemandes.

Et tout d’abord, d’octobre 1902 à octobre 1903, il effectue son service militaire au 51e régiment d’artillerie de campagne stationné à Strasbourg. En bon sujet de l’empereur, apparemment. Toutefois, comme pour bien achever cette période de sa vie, il publie chez l’éditeur Josef Singer à Strasbourg son premier recueil de poèmes, Praeludien. Nous sommes en 1904. Il va ensuite mettre ses ambitions littéraires sous le boisseau.

De 1904 à 1906, il est à Munich pour ses études. A son retour en 1906 il soutient une thèse à la Faculté des Lettres de Strasbourg sur les variantes entre deux manuscrits du Perceval de Wolfram von Eschenbach. Ses professeurs l’invitent en effet à travailler sur le Moyen Age tandis qu’il aimerait se consacrer à la littérature de son temps.

De 1906 à 1908, à Oxford cette fois, il prépare sa thèse d’habilitation sur la traduction de Shakespeare par Wieland. La réception de Shakespeare en Allemagne nous renvoie à l’époque de Goethe, lorsque la jeune littérature allemande trouve dans l’art de Shakespeare une forme alternative au modèle français dont elle désire s’émanciper. Dans son étude, Stadler va situer précisément la traduction de Wieland par rapport à celle qui finira par s’imposer d’Auguste Schlegel.

Ces travaux lui vaudront la réputation d’un philologue sérieux, de sorte qu’on lui confie immédiatement une autre édition critique, celle de de Der arme Heinrich de Hartmann von Aue. Et le voilà promis à une carrière universitaire brillante.

Après un retour en Alsace, il séjourne à nouveau à Oxford et à Londres d’avril à septembre 1910. Il est invité à donner des cours à l’université libre de Bruxelles, et s’installe cette même année dans la toute jeune capitale belge. Le dramaturge Carl Sternheim et son épouse Théa y accueillent leurs amis, dont Stadler.

Notons que 1910 est aussi l’année de la mort de son père. Or l’Alsace est à nouveau en pleine effervescence. Il est question d’accorder une certaine autonomie à la Terre d’Empire, à travers la Constitution de 1911. Les débats préparatoires en sont vifs, et ne laissent pas les ex Stürmer indifférents. C’est une deuxième occasion pour eux de partir à l’assaut et de faire passer leurs idées de démocratie et de paix, leur vision de la culture : ils rêvent de faire de l’Alsace héritière des idéaux français de 1789 un levier pour démocratiser l’Allemagne. René Schickele devient rédacteur en chef d’un journal moderne, la Strassburger Neue Zeitung. Autour de René Schickele se retrouvent Otto Flake qui publie d’excellents essais sur la question alsacienne et Ernst Stadler, chargé de la critique littéraire.

A côté du philologue, Stadler fut un critique exigeent et un traducteur. En 1910, Stadler redevient critique comme au temps du Stürmer. C’est l’occasion d’une part de présenter la génération expressionniste dans les revues alsaciennes: Georg Heym, Franz Werfel, Carl Sternheim, René Schickele, d’autre part de donner son point de vue sur la production littéraire d’auteurs alsaciens tels que Friedrich Lienhard ou les frères Matthis.

En cette période de tension internationale, il se soucie également, comme beaucoup d’expressionnistes, de faire connaitre la poésie et la littérature française. Stadler avait traduit dans Präludien quelques poèmes de Henri de Régnier, poète symboliste. Il propose à présent des poèmes de Francis Jammes et des textes de Charles Péguy aux jeunes éditeurs allemands. Et c’est ainsi une image de la France bien particulière qu’il propose, faite de Balzac, des humbles prières franciscaines de Jammes et de l’héroïsme républicain du Péguy de l’affaire Dreyfus. Péguy vient de publier Notre jeunesse.

Peu de gens finalement connaissaient Präludien. Or 1911 marque aussi le début d’une période d’intense création poétique qui ira jusqu’en 1914, entre séjour à Bruxelles, voyages à Berlin, et les étés à Strasbourg. La plupart des poèmes rassemblés en 1914 par l’auteur lui-même dans Der Aufbruch furent publiés dans la revue expressionniste Die Aktion.

Le titre allemand du recueil de 1914, Der Aufbruch, dit bien plus que « départ ». Il a son sens propre – le fait de casser pour ouvrir – et son sens figuré – celui de partir, rebondir, rompre avec ce qui existe.

En ouvrant ce livre en effet, on est surpris. L’idée que l’on avait de Stadler à partir des quelques poèmes que l’on connaissait ou que l’on croyait connaître s’avère bien fausse. L’on découvre la composition d’ensemble, qu’il a voulue. 54 poèmes distribués en quatre chapitres d’inégale longueur : « La fuite » (16 poèmes), « Stations » (11 poèmes), « Les miroirs » (19 poèmes), enfin « Le repos » (8 poèmes).La présentation bilingue, la traduction redonne sa force au texte allemand. Qui reprend vie au-delà d’une cristallisation provoquée par la mort du poète.

Le programme, c’est la modernité expressionniste. Un poème le formule clairement : La forme, c’est la volupté, Form ist Wollust.: ce titre est provocateur puisque qu’il identifie l’exigence classique de la belle forme à l’un des sept péchés capitaux, la volupté !

Traduction de ce programme : une multiplicité de formes. Des poèmes de huit vers, d’autres de 25. Des vers très longs, d’autres plutôt classiques. Et lorsque les rimes sont régulières, c’est pour lier entre eux de très longs vers.

Mais pourquoi cette forme nouvelle ? Pour « laisser le monde traverser des tuyaux ouverts. » De quel monde s’agit-il? De tout le monde moderne, entre crépuscule et espérance. La ville et la vie au quotidien, l’amour, la pauvreté, l’exclusion, la spiritualité.

Mais revenons-en au premier chapitre : Die Flucht, La Fuite. On ne sait pas ce qui s’enfuit : est-ce la vie des mots, le sens, comme le suggère Paroles ? On ne sait pas non plus devant quoi l’on fuit. On découvre en revanche L’adage dont la force est celle de la foudre : « Homme, deviens essentiel ! ». Cette injonction au cœur de la fuite, reprise d’Angelus Silesius, fait écho à la situation du petit prophète Jonas, rappelé à sa mission.

Les quatre poèmes intitulés Jours nous conduisent chez des prostituées qui nous renvoient aux tableaux expressionnistes d’Ernst Ludwig Kirchner. « Corps piétinés ! Rire taillé comme une crampe dans des lèvres fardées ! » Ce chemin chez les prostituées, le Christ l’a fait. Stadler, comme Georg Heym, s’y engage à son tour ici, avec son cortège de castration, de flagellations, de prise sur soi de toutes les douleurs du monde. Parfois jusqu’à un paroxysme masochiste aboutissant à une transfiguration: « Je nourrirai le corps par la douleur, / Et la souffrance du monde m’entourera comme les étoiles ».

Ce chapitre de la fuite auprès des misères terrestres, s’achève sur le poème qui a donné son titre au recueil :Der Aufbruch, départ pour l’ivresse des batailles suivie de la mort.

Les « Stations » de la 2e partie : ce sont celles d’un chemin (chemin de croix peut-être, mais négatif) où se déploie un imaginaire baroque comme dans Entsühnung, Expiation : « … Je me suis réveillé. Dans une brusque honte /Je me suis vu. Vu ton âme, se tenir muette, les paupières lourdes, / Nue. Vu son long calvaire… » Ce baroque religieux peut devenir plus profane, à la limite du blasphème, comme dans En ces nuits. In diesen Nächten: « J’enfouirai ma folle ardeur dans ta terre et/ Dans l’ardente éclosion, sur ton corps je ressusciterai. »

Il est parfois des stations d’une modernité bien plus légère, par exemple dans Ronde de nuit, Petite actrice. Ou : A l’aube : « Couché dans le lit, je sens ton visage tourné vers moi comme une hostie. /tu t’es défaite de mes bras et le murmure de ton « Je dois partir »/ a tout juste atteint les portes les plus éloignées de mon rêve –»

Chapitre 3 : Miroirs. Nous y retrouvons Le fugitif que poursuit la mémoire des nuits « débordant de bonheur sacrilège ». Mais le miroir, s’il renvoie au fond enfoui, est aussi un moyen de se reconstruire à partir de là.

Le fond, ce sont les fous, les enfants pauvres, certains quartiers des grandes villes, les prostituées, mais aussi les femmes enceintes qui ne sont plus elles-mêmes, se sentent habitées par une vie étrangère.

Se reconstruire comment ? - par l’amour que nous enseigne le jeune moine, dans les deux dimensions, narcissique et mystique. « Je suis la brindille … Je suis la lyre… Je suis une terre labourée … » ; - par la rupture avec la tradition, que suggère une Bénédiction (Segnung) non point donnée à l’aîné comme dans la Bible, mais à une jeune fille mystérieuse, messagère de la désobéissance, qui s’en va. « À peine entendait-elle les efforts des vieillards chétifs. /Elle s’en fut. Sa chevelure blonde comme les blés illuminait le soir. » Se reconstruire encore par la volupté des mers dont l’écho se trouve jusque dans les Gares (Bahnhöfe) : « Longtemps, les murs effrayés retiennent comme les coquillages le vacarme des vagues, la musique qui disparaît d’une folle aventure. » Ou par le grand miroir de la vie qu’est la mer elle-même. Parce qu’elle contient le monde entier, qui peut y sombrer. La mer que le poète ne peut qu’aimer, lui disant : « Toi la tempête, toi le cri, l’appel au combat lancé par le cor, sur un cheval blanc tu m’emportes vers l’action et vers le jour ! / Toi la halte ! Toi l’agitation solennelle, la nudité, l’éternité… »

Dernier chapitre : Le repos. (Die Rast) en allemand. Le lieu du « repos », à la fin du livre, les figures que l’on y rencontre, évoquent très clairement l’Alsace. Qui ne sera qu’une « halte » (autre traduction de Rast). Car le poète est un pèlerin sur cette terre : et il n’y a pas chez Stadler de Heimat.

Précisons tout de même. Ici les amoureux de l’Alsace retrouveront des paysages familiers, la chaleur de l’été, les orages du soir, la petite ville et les vignes.

Hier ist Einkehr. Ici est le recueillement. C’est le premier poème de cette dernière partie. Ici est le recueillement, mais Einkehren veut dire aussi se restaurer dans un lieu agréable, une auberge. Les vignes ne sont pas loin. Cette partie s’achève avec les très beaux poèmes consacrés à Herrade (Herrade de Landsberg, l’auteur du Hortus Deliciarum ) et aux deux statues du portail sud de la cathédrale de Strasbourg, celle de la Synagogue et de l’Eglise. Gratia divinae pietatis … » Deux mondes du Livre sont ici évoqué s à travers Herrade et la Synagogue, car c’est elle, dans son humilité, et non l’Eglise victorieuse qui séduit le poète. La Synagogue fut vaincue par l’Eglise et le manuscrit d’Herrade en partie détruit dans l’incendie de la bibliothèque de Strasbourg lors du bombardement de la ville en 1870. Stadler leur élève ici un monument magnifique.

Pour conclure. En 1914, Stadler fut mobilisé comme lieutenant de réserve au 51e régiment d’artillerie de campagne de l’armée allemande. Il trouva la mort quelques semaines plus tard, le 30 octobre 1914, près de Zandvoorde en Belgique, tué par un obus anglais. Etre Allemand et Alsacien jusqu’au bout, voilà le destin de Stadler, unique dans son inachèvement.

Selon certains récits il put saluer d’une tranchée à l’autre Charles Péguy, 10 ans de plus que lui, qu’il avait traduit, qui mourut le 5 septembre 1914, dans le camp d’en face. Dans Clio de Péguy, la muse de l’histoire définit le héros comme « ce qu’il y a peut-être de plus grand dans le monde ; et de plus beau ; et de plus grand et de plus beau dans Homère : d’être tranché dans sa fleur ; de périr inachevé ; de mourir jeune dans un combat militaire. Le sort d’Achille. »

Dans le journal de guerre que l’on a trouvé sur lui, Kriegstagebuch, Stadler ne semble pas partager cette conception du héros. Son départ pour la guerre contre la France qu’il aimait, alors même que, selon son ami Flake, la mort lui avait été prédite et qu’il y croyait, ce départ reste un mystère. D’autant plus qu’il avait été invité à enseigner à Toronto au Canada, et qu’il comptait partir.

Le livre que nous présentons ce soir apparaît comme une tentative de saisir la beauté de ce monde moderne et de s’y engager à la veille de ce qui est pressenti comme une apocalypse par toute sa génération. Sa forme d’ensemble, ouverte, les ouvertures aussi de chacun des chapitres, nous donne une idée de la richesse qu’aurait pu avoir la vie de l’esprit ici en Alsace si le XX° siècle avait été autre, sans cette guerre.

Je voudrais pour finir, évoquer une image, celle de la harpe éolienne, commune aux deux amis que furent jusqu’à la fin Schickele et Stadler. Schickele, se sentait béni des dieux et faisait dire à Gottfried de Strasbourg (je cite la traduction de Jean-paul Gunsett) : « son cœur résonnait clair, / carillon dans la forêt vierge, / harpe éolienne dans les orages ».

La musique de Stadler est différente, plus sombre: (cette fois la traduction est de Philippe Abry) : « Et mes désirs, sauvages essaims d’oiseaux, veulent s’élancer vers la cime des sapins, / Et mon âme hurle, harpe éolienne sans défense offerte au vent. » Sans défense en effet. Il ne résistera pas aux « orages d’acier ».


DISCOURS DE REMISE DU PRIX NATHAN KATZ DU PATRIMOINE PAR M. JUSTIN VOGEL, VICE-PRÉSIDENT DU CONSEIL RÉGIONAL, PRÉSIDENT DE L'OFFICE POUR LA LANGUE ET LA CULTURE D'ALSACE (OLCA)

Nous voici à nouveau réunis, tous ensemble, dans les Salons de l’Hôtel de Ville pour la remise solennelle des Grands Prix de Littéraires de Strasbourg et je ne peux que saluer cette volonté de revenir à une cérémonie unique. Elle exprime clairement l’importance que nous attachons à notre mission de promotion du Patrimoine Littéraire d’Alsace, qui se valorise en se confrontant avec la création littéraire d’aujourd’hui et en s’inscrivant dans l’espace ouvert du mouvement intellectuel européen.

Nous savons ce que nous devons aux organisateurs de ces manifestations qui sont à leur 9° édition, et il convient de rendre hommage aux membres bénévoles d’EUROBABEL et de remercier tout particulièrement Gérard Pfister, Jacques Goorma et Pascal Maillard, inlassables animateurs de ces Rencontres qui 10 jours durant, rehaussent la vie culturelle strasbourgeoise.

Un programme d’une extraordinaire diversité, il veut s’adresser à tous les publics : universitaires, étudiants, lycéens mais aussi au « grand public » et surtout aux jeunes de nos quartiers qui s’associent à leur manière à cette célébration de la diversité culturelle, une diversité qui se veut créative, qui prend les couleurs de toute la France et qui vibre aux rythmes de notre temps. Un pari audacieux, une heureuse initiative, plus que symbolique et qui traduit la confiance en ces nouvelles générations qui enrichissent l’éventail culturel de l’Alsace d’aujourd’hui.

Vous me permettrez cependant un regret : vous savez que je suis un ardent avocat de la décentralisation culturelle. Il y a en Alsace, plus de 100 lycées qui pourraient fort opportunément être associés à cette ouverture sur les autres cultures et découvrir une œuvre poétique exceptionnelle : celle d’Ernst Stadler que nous célébrons aujourd’hui, ici même.

Le Prix Nathan KATZ 2013 récompense le travail de traduction de l’œuvre poétique majeure du poète Ernst Stadler : der Aufbruch accessible à présent au public francophone grâce au remarquable travail de traduction réalisé par Philippe Abry qui publie ce recueil sous le titre : Le Départ, avec l’indispensable appui des Editions Arfuyen. Merci pour ce travail, oh combien ardu ! il élargit l’accès à une œuvre poétique, réputée d’avant garde et méconnue, qui reflète toute la dynamique de la création littéraire en Alsace à un moment clé de son histoire.

Je pense que le travail de Philippe Abry a été facilité par le faisceau des recherches antérieures autour de cet auteur. Des recherches, qui avaient mobilisé l’éminent germaniste de notre Université, le regretté Adrien Finck. Il convient de remercier Charles Fichter à qui nous devons une remarquable introduction qui replace l’auteur dans son temps et qui apporte une clé de lecture à cette œuvre d’avant-garde. Enfin saluons l’engagement de Maryse Staiber, cheville ouvrière de la Revue alsacienne de littérature, prolongera l’intérêt pour ce personnage à travers la grande exposition qui lui sera consacrée à l’occasion de la réouverture de notre BNU, institution si emblématique de la période. Cette exposition « 1914 : la mort des poètes » sera un événement important qui illustrera les liens si profonds que Stadler, en européen convaincu, su nouer avec les autres poètes, Charles Péguy, bien sûr, mais aussi avec Wilfred Owen, considéré comme le plus grand poète anglais de la Première Guerre mondiale. Trois poètes dont le génie fut brisé au cours de ce conflit meurtrier.

Merci aux uns et aux autres de mettre ainsi en lumière Ernst Stadler, une personnalité trop longtemps négligée, qui est pourtant une figure marquante de l’histoire culturelle de l’Alsace, il aura donc fallu attendre 100 ans, après sa mort tragique, pour lui rendre un légitime hommage.

Ernst Stadler est un enfant d’Alsace né à Colmar en 1883 d’une famille d’origine bavaroise, son père, haut fonctionnaire du Reichsland, s’était installé à Colmar d’abord, puis à Strasbourg comme administrateur de l’Université. C’est dans cette ville qu’Ernst Stadler effectua sa scolarité au Gymnase et entra en 1902 à l’Université pour y suivre à la fois des études en philologie romane, en linguistique comparée et en littérature allemande.

Un intellectuel brillant au service d’une « alsacianité de l’esprit ». Il comprend d’emblée le tragique de la situation de l’Alsace, torturée par la question de son identité. Sortir de ce dilemme, transcender l’antagonisme entre les deux composantes de sa culture, refuser le repli identitaire le conduit à chercher et à proposer une autre voie.

Tout jeune étudiant, déjà pétri de cette double culture, il prend part à l’intense débat culturel qui caractérise cette période. Ce fut, aux dires de certains historiens un « âge d’or » de la création culturelle alsacienne et qui s’épanouit dans la grande diversité des arts.

Citons Gustave Stoskopf, peintre et refondateur du théâtre alsacien et René Schickele, poète, romancier et essayiste, deux auteurs que nous avons célébrés il y a quelques années dans cette même enceinte.

C’est dans cette intime et active complicité avec René Schickele, lui aussi né en 1883, que Stadler s’engage à fond dans le débat culturel. Avec la fougue de leurs 20 ans, ils se lancent dans l’aventure du Stürmer, une revue qui constitue déjà un Aufbruch, une rupture, pour reprendre le titre du recueil de poèmes que nous honorons aujourd’hui. Une revue aussi essentielle qu’éphémère, puisqu’elle disparaîtra l’année même de sa création, en 1902, mais une revue qui marquera durablement le mouvement littéraire et culturel en Alsace.

Placer l’Alsace aux avant postes de la modernité, telle est l’ambition de ce groupe de jeunes intellectuels. Aussi, l’Alsace doit-elle rompre avec la tentation de l’enfermement nostalgique et s’ouvrir sur d’autres horizons où fermente un renouveau qui s’affranchit des frontières. Munich, Berlin, Vienne mais aussi Paris, tels sont les pôles qui fascinent ces esprits intrépides et il faut oser l’ouverture sur le vaste monde qui expérimente déjà de nouvelles formes d’expressions artistiques. C’est en prônant la « sécession », en rompant avec une tradition sclérosante que l’Alsace se donnera un nouvel avenir, élargira sa perspective et pourra ainsi assumer une vocation médiatrice entre la France et l’espace germanique au cœur d’une Europe à refonder.

Une ouverture à l’autre, un accueil enthousiaste du neuf, un projet porté collectivement par l’ardeur de la jeunesse, ce sont ces valeurs énoncées et vécues par Stadler, il y a un siècle déjà, qui restent les fondements de l’éternel renouveau d’une Alsace toujours soucieuse d’un meilleur avenir.

Un homme dans la tourmente de l’histoire. Il fut, à la fois un homme de fidélité et passionnément attaché à sa liberté d’expression.

Fidélité à sa langue maternelle, l’allemand, Stadler est le grand poète alsacien d’expression allemande, tout comme Emile Storck sera quelques années plus tard le grand poète alsacien d’expression dialectale. Il est tentant de faire un parallèle entre ces deux créateurs qui se sentaient investis de cette mission de « passeur de cultures » ayant l’un et l’autre une parfaite maîtrise de l’allemand et du français. Ils ont su enseigner dans les deux langues, se sont nourris aux mêmes sources poétiques de Goethe, de Rilke ou de Hofmannsthal, et étaient simultanément attirés par les grands auteurs français de leur époque. Stadler était familier de Balzac, mais surtout passionné par les écrits de Péguy dont il fut le premier traducteur et avec qui il entretenait une correspondance jusqu’à la fin de sa vie.

Fidélité à une tradition familiale, il doit tenir compte du statut de son père, haut fonctionnaire de l’empire wilhelmien tout en s’insurgeant contre l’autoritarisme et le militarisme d’un régime qui bride les forces de liberté. Dans « l’affaire de Saverne » en 1913, il se range au nom de la dignité, du côté des alsaciens humiliés. Ses prises de position trouvent un large écho dans la presse et lui valurent un sévère rappel à l’ordre du Recteur qui lui reprocha de prendre parti pour « les francillons contre les germanisateurs ». Il se fera donc « protestataire » à sa façon, par fidélité à ses valeurs humanistes : « c’est là que (sa) parole se dresse face (à lui) : Homme deviens essentiel ! » dira-t-il dans cette belle profession de foi qui figure dans son poème « l’adage ».

Fidélité à l’Alsace qu’il exprime de manière si émouvante dans ses derniers poèmes. De véritables cantiques dédiés à cette terre généreuse qui invite au recueillement, Stadler retrouve la sérénité dans ce jardin des délices avec ces figures emblématiques qui incarnent une certaine idée de l’Alsace : c’est l’auguste Herrade qui invite à l’élévation et la statue de la Synagogue du portail de la cathédrale toute « drapée d’humilité » et qui porte « sa lance brisée ».

C’est le destin de Stadler lui-même qui se lit dans cette image de la lance brisée. Tout au long de son cheminement poétique, surgissent angoisses et pressentiments :
attaché au mât, (il) regarde fixement l’aube terne frissonner sur la mer
le vaisseau de (sa) vie vient briser ses planches contre le pôle magnétique d’un destin insensé


Son instinct de poète l’alerta sur la montée des périls et l’amena à s’interroger longuement sur « le sens de ces heures folles ». Au printemps 1914, alors qu’il s’apprêtait à embarquer pour l’Université de Toronto où une chaire lui est offerte, il repasse à Strasbourg. La déclaration de la guerre l’y attend, une guerre qu’il savait « atroce » et « horrible ». Après avoir vainement protesté contre cette folie meurtrière, en chantant avec ses amis la Marseillaise, il rejoint l’armée allemande et trouve la mort le 30 octobre 1914, il avait 31 ans. Certes, selon Marguerite Yourcenar, « on meurt à tout âge mais ceux qui meurent jeunes sont aimés des dieux ! ». Une mort tragique, mais aussi une apothéose qui donna naissance à des mythes merveilleux qui nimbent aujourd’hui encore le poète disparu.

Merci à Philippe Abry de nous avoir fait revivre ces moments clés de notre histoire à travers le regard lumineux et affectueux d’un immense poète que nous redécouvrons grâce à vous.