Logo prix européen de littérature

NATHAN-KATZ-PRIS FIR LITERATÜR IM ELSASS

2004

Jean ARP

LA CATHÉDRALE, à Strasbourg

L’œuvre de Jean Arp a été la première à être distinguée par le Prix Nathan Katz du Patrimoine. Le Prix a été proclamé en novembre 2004 et l’hommage rendu en mars 2005 dans le cadre de la préfiguration des Rencontres Européennes de Littérature.

Jean Arp est né en 1886 à Strasbourg, en Alsace annexée, d’une mère française et d’un père d’origine allemande. Le double prénom de Jean et Hans qu’il aime à se donner illustre sa double appartenance.

Il parle français avec ses parents et allemand à l’école. Mais surtout, en famille comme avec ses camarades, il utilise le dialecte alsacien. 

Exclusivement occupé par la passion du dessin, Arp fait des études médiocres. En désespoir de cause, ses parents le confient au strasbourgeois Georges Ritleng, pour qu’il guide ses débuts de peintre. Dès 1903 paraissent en revue deux premières œuvres : une gravure accompagnée d’un poème écrit en dialecte strasbourgeois. Après des études à l’Académie de Weimar, il suit à Paris les cours de l’Académie Julian. 

À 24 ans, Jean Arp se met à voyager : il rencontre Kandinski, Delaunay, Ernst, Modigliani, Picasso, Jacob, Apollinaire. Lorsque éclate la guerre, il part s’installer à Zurich où il expose ses premiers collages et fait la connaissance de Sophie Taeuber, qu’il épousera en 1922. 

En février 1916, Arp, Tzara, Hülsenbeck et Hugo Ball fondent le mouvement Dada. A la fin de la guerre Arp et Tzara portent le dadaïsme à Paris et entrent en contact avec la revue Littérature, dirigée par Aragon, Breton et Soupault.

De 1926 à 1928, Arp et sa femme travaillent avec Theo van Doesburg à l’aménagement de l’Aubette à Strasbourg. Les expositions consacrées aux sculptures de Jean Arp se multiplient en Europe et aux États-Unis. 

En 1940, Arp et sa femme se réfugient à Grasse, puis, en 1942, quittent la France pour la Suisse. C’est là que, l’année suivante, Sophie Taeuber trouve la mort. 1963 : Grand Prix National des Arts en France. 1965 : Prix Goethe de l’Université de Hambourg. 1966 : restauration d’une église à Oberwill en Suisse (autel, fonds baptismaux, bénitier ).

Jean Hans Arp meurt à Bâle le 7 juin 1966.

BIBLIOGRAPHIE

Durant toute sa vie, Jean Hans Arp a écrit en allemand et en français, traduisant également lui-même nombre de ses textes de l’une à l’autre langue. En revanche il n’a écrit en alsacien qu’un seul poème. 

TEXTES PUBLIÉS EN ALLEMAND
Der Vogel Selbdritt, Berlin Otto von Holten 1920.
Die Wolkenpumpe, Hanovre, Paul Steegemann, 1920.
Der Pyramidenrock, Erlenbach, Zurich Eugen Rentsch (1924).,
Weisst du Schwarzt du, Zurich, Pra, 1930.
Konfiguration, Paris, Poésie & Co., 1930.
Muscheln und Schirme, Meudon-Val-Fleury, chez l’auteur, 1939.
1924 1925 1926/1943, Bern-Bümplitz, Benteli 1944.
Auch Das ist Nur Eine Wolke, Basel, Vineta, 1951, réédition Bâle, Neske, 1960.
Wegweiser-Jalons, Meudon-Val-Fleuri, chez l’auteur, 1951, édition bilingue allemand, français.
Dreams and Projects, New York, Curt Valentin, 1951.
Die Engelsschrift, Tübingen, chez l’auteur, 1952.
Wortträume und Schwarze Sterne, Wiesbaden, Limes, 1953.
Behaarte Herzen,1923-1926, Könige vor der Sintflut 1952-1953, Francfort sur le Main, Meta, 1953.
Auf Einem Bein, Wiesbaden, Limes 1955.
Unsern Täglichen Traum, Zurich, Arche, 1955.
Worte mit und Ohne Anker, Wiesbaden, Limes, 1953.
Mondsand, Pfullingen, Neske, 1960.
Zweiklang, Zurich, Arche, 1960.
Sinnende Flammen, Zurich, Arche, 1961.
Logbuch des Traumkapitäns, Zurich, Arche, 1965.
Ces recueils et d’autres textes publiés en revue ont été repris dans l’édition complète des poèmes allemands :Gesammelte Gedichte I, P. Schifferli éd., Zürich, Arche/Wiesbaden, Limes, 1963 ; Gesammelte Gedichte II, P. Schifferli éd., Zürich, Arche/Wiesbaden, Limes, 1974 ; Gesammelte Gedichte III, A. Bleikasten éd., Zürich, Arche/Munich, Limes, 1984 (Le volume IV est en préparation.)

Les poèmes allemands de Jean Hans Arp n’ont fait l’objet jusqu’à ce jour que de deux traductions : L’Ange et la Rose, Forcalquier, Robert Morel, 1965, trad. Maxime Alexandre ; Logbuch, Paris, Arfuyen, 1983, trad. Aimée.Bleikasten, édition bilingue.

TEXTES PUBLIÉS EN FRANÇAIS

Des taches dans le vide, Paris, Librairie Tschann (1937).
Sciure de gammes, Paris, Parisot, 1938. 1981.
Poèmes sans prénoms, Grasse, chez l’auteur, 1941.
Rire de Coquille, Amsterdam, Vordemberge-Guildewart, 1944.
Le Blanc aux pieds de nègre, Paris, Fontaine, 1945.
Le Siège de l’air, Paris, Vrille, 1946.
Le Voilier dans la forêt, Paris, Louis Broder, 1957.
Vers le blanc infini, Lausanne/Paris, La Rose des vents, 1960.
Le Soleil recerclé, Paris Louis Broder, 1966.
Jours effeuillés, Paris, Gallimard, 1966.

Les poèmes de Jean Hans Arp en langue française ont été réunis dans Jours effeuillés (Paris Gallimard, 1966) et traduits en anglais sous le titre Arp on Arp (New York, The Viking Press, 1972). Sous le titre On my Way a paru à New York en 1948 une monographie où est présentée en édition bilingue la traduction de nombreux poèmes français et allemands de Jean Hans Arp (New York, Wittenborn Schultz, 1948).

À l’occasion de la remise du Prix Nathan Katz du Patrimoine a été publié aux Éditions Arfuen, partenaires du Prix, un volume bilingue allemand-français, Sable de lune, traduit de l’allemand par Aimée Bleikasten.

DISCOURS

UN POÈME DE JEAN ARP TRADUIT DE L'ALLEMAND PAR AIMÉE BLEIKASTEN (extrait de Sable de lune)

Ein traumtrunkener Mond
wiegt einen mondtrunkenen Träumer,
der sich fragt :
Bin ich ein traumtrunkener Mond,
der sich in süßduftenden Frühen wiegt ?
Bin ich ein traumtrunkener Mond,
der sich in den Augen
eines mondtrunkenen Träumers spiegelt ?

Ein mondtrunkener Träumer
wiegt einen traumtrunkenen Mond,
der sich fragt
Bin ich ein mondtrunkener Träumer,
der sich in süßduftenden Frühen wiegt ?
Bin ich ein mondtrunkener Träumer,
der sich in den Augen
eines traumtrunkenen Mondes spiegelt ?

*

Une lune ivre de rêves
berce un rêveur ivre de lune
qui se demande :
Suis-je une lune ivre de rêves,
que bercent des aubes odorantes ?
Suis-je une lune ivre de rêves
qui se mire dans les yeux
d’un rêveur ivre de lune ?

Un rêveur ivre de lune.
berce une lune ivre de rêves
qui se demande :
Suis-je un rêveur ivre de lune
que bercent des aubes odorantes ?
Suis-je un rêveur ivre de lune
qui se mire dans les yeux
d’une lune ivre de rêves ?