Logo prix européen de littérature

EUROPEAN PRIZE FOR LITERATURE

2008

Tankred DORST

GERMANY / ALLEMAGNE

 Tankred Dorst a été le quatrième Lauréat du Prix Européen de Littérature. Le Prix lui a été décerné en novembre 2008 et remis en mars 2009 dans le cadre des 4° Rencontres Européennes de Littérature à Strasbourg.

 MERLIN OU LA TERRE DÉVASTÉE

 « Le théâtre est une affirmation, dit Tankred Dorst. On y affirme que le monde est une terre dévastée... » Dramaturge, metteur en scène, romancier, poète, Tankred Dorst est aujourd’hui l’un des plus grands écrivains allemands. Récompensée par les Prix Gerhard Hauptmann (1964), Georg Büchner (1990), E.T.A. Hoffmann (1996) et Max Frisch (1998), son œuvre est réunie en huit volumes aux prestigieuses Éditions Suhrkamp. 
 « Au cours de nos décennies, écrivait le grand critique théâtral Georg Hensel, aucun autre auteur dramatique allemand n’a joué sur tant de tonalités, sur un tel registre, aussi ample : sentimental, franc, balourd, sensible, humoristique, ironique, sarcastique, cynique, vulgaire, trivial – et toujours clair comme le jour. Impossible de ne pas entendre la mélodie de l’époque : la plainte sur la déchéance des sens, jusqu’à la démence, au pays désertique de l’absurdité. »
 

 THÉÂTRE ET LITTÉRATURE 

 En France, de grands metteurs en scène ont fait connaître le théâtre de Dorst : Patrice Chéreau avec Toller (1970 au Piccolo Teatro de Milan, repris au TNP en 1973), Stephan Meldegg avec Moi, Feuerbach (1990) ou Jorge Lavelli avec le gigantesque Merlin ou la Terre dévastée (2005).
 En revanche l’œuvre non dramatique de Dorst est encore totalement inconnue en France. Elle est pourtant intimement liée à son théâtre, par l’écriture comme par les thèmes, et non moins puissante. Dans un récit comme Le Voyage à Stettin (1984), théâtre, autobiographie, poésie se mêlent sur fond d’Histoire comme ils l’ont été sur la scène sous le titre Heinrich ou les tourments de l’imagination.
 
 ALLEMAGNE, ANNÉE ZÉRO
 Dorst appartient à cette génération qui a connu les années noires de l’Allemagne : « Lorsque je suis rentré en Allemagne, j’étais absolument convaincu que je passerais ma vie au milieu des décombres et des ruines. Je pensais que jamais ces grandes villes démolies ne seraient reconstruites, que jamais plus les maisons ne formeraient des rues, que jamais plus il n’y aurait de lumière aux fenêtres. Et comment un nouvel ordre civil pouvait-il fonctionner ? En Westphalie rurale – c’est là que j’ai repris l’école en 1950, pour repasser mon bac –, l’histoire mondiale n’avait laissé quasiment aucune trace de son passage, mais à Nuremberg, Cologne, Würzburg..., l’étendue des destructions visibles était terrifiante. Tout n’était que décombres. Il est difficile de se représenter cela aujourd’hui. »
 C’est cette détresse morale et matérielle qui est en arrière-plan dans l’ensemble de l’œuvre de Dorst : « Au cadre de scène de mon théâtre, j’écrirais : Nous ne sommes pas les médecins, nous sommes la douleur. »
 

 LE NAZISME AU PAYS DU JOUET

 Tankred Dorst est né le 12 décembre 1925 à Oberlind : « Je suis né dans un village de la forêt de Thuringe, du côté de la Franconie. Les habitants du village étaient des paysans ou gagnaient leur pain en travaillant à domicile pour l’industrie du jouet, ou bien travaillaient à l’usine de constructions mécaniques. L’usine appartenait à mon grand-père. » Son père meurt alors qu’il n’a que six ans.
 En 1941, il est renvoyé au bout de trois jours d’un stage d’instruction de marine des Jeunesses hitlériennes au motif d’avoir lu pendant qu’il devait monter la garde. En 1943, il est incorporé dans le Service du travail obligatoire. L’année suivante, à dix-sept ans, il est enrôlé dans l’armée allemande. Un mois plus tard, il est fait prisonnier et détenu en Angleterre puis aux États-Unis jusqu’en 1947.
 
 DES MARIONNETTES À LA GRANDE IMPRÉCATION
 Il termine son éducation secondaire et commence en 1950 des études supérieures en littérature allemande, histoire de l’art et art dramatique à Bamberg et Munich. En 1953, il fonde Das kleine Spiel, un théâtre de marionnettes géré par des étudiants pour lequel il écrit ses premiers textes. Ses premières œuvres pour la scène seront créées à Lübeck au début des années 60 : Die Kurve (Le virage) en 1960, et Große Schmährede an der Stadtmauer (La grande imprécation devant les murs de la ville) en 1961. Ces deux pièces connaîtront plus de deux cents mises en scène dans le monde entier. Le virage est l’occasion d’un premier travail avec Peter Zadek, avec qui il développera une étroite collaboration.
  
 
TOLLER, SCÈNES D’UNE RÉVOLUTION ALLEMANDE
 En 1968, Toller marque le début d’un nouveau théâtre. Durant sa captivité, Dorst a lu le théâtre d’Ernst Toller. Il découvre son rôle politique dans la République des Conseils de Bavière et la force de cette période. La pièce est créée au Württembergisches Staatstheater de Stuttgart que dirige un disciple de Brecht, Peter Palitzsch.
 Dans les années qui suivent et jusqu’à aujourd’hui, Tankred Dorst co-écrit l’ensemble de ses textes avec Ursula Ehler.

 
 UNE HISTOIRE DE NOTRE TEMPS

 Son grand œuvre dramatique, Merlin oder das Wüste Land (Merlin ou la Terre dévastée) est créé en 1981 au Schauspielhaus de Düsseldorf. Cette pièce, qui comporte 90 rôles et représente plus de douze heures de spectacle, décrit « une histoire de notre temps : l’échec des utopies ». Ce texte, que des critiques ont comparé au Faust de Goethe, a été joué sur plus de soixante scènes du monde entier, mais jamais encore en version intégrale.
 « Les pièces de Dorst, soulignait Georg Hensel lors de la remise du Prix Büchner en 1990, ont toutes un lien direct avec le présent – de Toller à Hamsun, de la pièce d’apprentissage au mythe et à l’explosion postmoderne. Depuis trente ans, les pièces de Dorst ont répondu aux grandes transformations.
Il a toujours accompagné son époque. »
 
Tankred Dorst vit et travaille à Munich.

BIBLIOGRAPHIE

  ÉDITIONS ALLEMANDES
 En allemand, l’œuvre complète de Tankred Dorst est disponible chez Suhrkamp en huit volumes :
1. Deutsche Stücke, en collaboration avec Ursula Ehler, 1985.
2. Merlin oder Das wüste Land, en collaboration avec Ursula Ehler, postface de Peter von Becker, 1985.
3. Frühe Stücke, 1986.
4. Politische Stücke, 1987.
5. Wie im Leben wie im Traum und andere Stücke, en collaboration avec Ursula Ehler, 1990.
6. Die Schattenlinie und andere Stücke, en collaboration avec Ursula Ehler, 1995.
7. Die Freude am Leben und andere Stücke, en collaboration avec Ursula Ehler, 2002.
8. Prosperos Insel und andere Stücke, en collaborationavec Ursula Ehler, 2008.
 
  TRADUCTIONS
 En français, les Éditions l’Arche ont publié la traduction de plusieurs pièces de théâtre :
Moi, Feuerbach, trad. Bernard Lortholary (1989)
La grande imprécation devant les murs de la ville, trad. Gaston Jung (1990)
Fernando Krapp m’a écrit cette lettre, trad. Bernard Lortholary (2000)
Merlin ou la Terre dévastée, trad. Hélène Mauler et René Zahnd (2005).

 OUVRAGES PUBLIÉS DANS LE CADRE DU PRIX
 Première traduction d’un roman de Tankred Dorst, Le Voyage à Stettin (Arfuyen, 2009), traduit de l’allemand par Hélène Mauler et René Zahnd.

DISCOURS

DISCOURS DE RÉCEPTION DU PRIX EUROPÉEN DE LITTÉRATURE 
PRONONCÉ PAR TANKRED DORST
LE SAMEDI 14 MARS 2009 À STRASBOURG

Traduit de l\'allemand par Hélène Belletto-Sussel

     C’est pour moi un grand honneur et une grande joie de recevoir ce Prix Européen de Littérature qui m’est décerné aujourd’hui à Strasbourg. De tout cœur, je vous remercie ainsi que le Jury. Je suis très heureux que la traduction de ma nouvelle Le Voyage à Stettin soit liée à ce prix, et qu’elle ait été confiée à Hélène Mauler et René Zahnd, à qui je dois une très belle traduction de Merlin.
L’Europe s’exprime en bien des langues. La diversité linguistique et culturelle est certes une source de difficultés, mais elle est pour nous infiniment précieuse.      Fiers de notre cohésion politique et économique, nous n’oublierons pas cependant que l’identité de l’Europe réside dans sa diversité culturelle et donc aussi, tout particulièrement, dans ses contrastes. Ne serait-ce pas merveilleux que l’Europe encourage un prix littéraire qui consisterait à faire traduire une œuvre du lauréat dans toutes les langues de notre continent polyphonique ?
     J’ai écrit un grand nombre d’œuvres dramatiques, mais au fil des années, des œuvres en prose ont également vu le jour. 
     L’action du Voyage à Stettin, qui se situe dans l’Allemagne nazie, pendant la guerre, décrit les premières années d’une jeunesse vécue en ce temps-là. Ce qui m’a intéressé, c’est ce que ressentait un garçon de quinze ans – à peu près l’âge que j’avais alors. Comment a-t-il perçu cette époque, quelles sont les expériences qu’il a pu faire ? J’ai cherché une histoire adaptée au sujet. Ursula Ehler et moi-même – la plupart du temps, nous travaillons ensemble – n’avions encore pas de projet bien défini, tout était flou. Quel milieu ? La bourgeoisie. Une petite ville, presque encore un village. Et la famille ? Je me suis dit que le père était mort, disparu prématurément. Quels sont les repères du garçon ? D’abord la mère, une exaltée, et le frère aîné, un esprit tatillon, et les amis, les professeurs. Quelle est l’image de virilité qui lui est transmise ? Je prenais des notes, j’essayais de me rappeler mes propres années d’enfance, un voyage qui m’avait profondément perturbé. Je voulais décrire pour  le lecteur – à supposer  qu’il y en  eût un – les expériences de ce garçon. Je cherchais des détails susceptibles de donner vie à mon histoire.
Je me rappelai qu’avec mon ami, nous voulions mettre notre courage à l’épreuve : nous glisser dans le gros tuyau des canalisations et ramper jusqu’au plus profond de l’obscurité, nous tenir en équilibre sur la balustrade du balcon, à côté des pots de fleurs, nous faufiler la nuit jusqu’à une tombe du cimetière, à l’endroit où surgit un fantôme. Ces défis, c’étaient les jeux favoris des enfants de la guerre.
     J’avais noté une question : comment le garçon voit-il son père, qu’il connaît uniquement par les descriptions de sa mère ? Je me disais que le garçon voyait parfois son père au sommet du pommier, à moitié caché par les feuilles, c’était un arbre comme il y en avait dans le jardin de mon enfance. Le garçon trouvait honteux qu’il soit allé se réfugier dans les branchages. Est-ce qu’il se cachait ? Il fallait tout de même bien qu’il aille retrouver ses copains de l’usine ! Il devait bien avoir une activité ailleurs qu’ici ! Peut-être était-il roi ? Le garçon avait bien vu son père, couvert de baumes et de bandages, comme un roi, et reposant sur son lit, si grave et si pâle.
     Un homme, il faut qu’il déborde de force et de santé. Les malades, les faibles, disait-on,  ne valent rien. Mais le garçon avait peine à le croire quand il pensait à son père.
     Le garçon, que je voulais désormais appeler Heinrich, en souvenir des nombreux Heinrich de l’histoire de la littérature allemande, est envoyé au bord de la Baltique pour  suivre une formation de marin, en guise de préparation militaire organisée par les Jeunesses hitlériennes. Le plus important de l’affaire, c’est que pour deux semaines, il est dispensé d’aller en classe. Mais au bout de deux jours, on le renvoie chez lui. Viré. Comportement contraire au règlement. Peut-être qu’il s’est fait prendre en train de lire pendant son tour de garde.
     Je vois le garçon assis dans un coin, dans une lumière trouble, et devant lui, sur la table, sa valise marron. Un buffet de gare. L’Allemagne du Nord. Il attend le train qui le conduira de la lagune de Stettin à Berlin, et de là chez lui. Le train va-t-il arriver ? Rentrer chez lui – il a maintenant l’impression que l’endroit où il était chez lui n’existe plus. Il voulait revenir en héros, mais maintenant, tout le monde va se moquer de lui. Le cahier ouvert sur la table du buffet de la gare. Il inscrit des noms, une liste de tous les gens qu’il connaît. Combien y en a-t-il ? Est-ce que ce sont des amis, des ennemis ? Puis il raye tous les noms. Je me souviens du sentiment de solitude. Personne ne devait me comprendre. Je me souviens qu’à cet âge-là, j’étais rempli de ce profond désir de mourir caractéristique de la puberté, ignorant tout de la vie et de la mort. Plus tard, quelqu’un m’a montré la photo d’un camp des Jeunesses hitlériennes, avec une inscription au-dessus de l’entrée : « Nous mourons pour que vive l’Allemagne. »
     Berlin. Heinrich erre sans but avec sa valise. Attaques aériennes. Nuits dans les abris. Il se rend à la gare, mais il ne monte pas dans le train qui va vers la Thuringe, et il laisse aussi partir le suivant. Il se cache pour échapper aux patrouilles militaires. Il a faim. Sans tickets d’alimentation, il ne peut rien acheter à manger. Il se rappelle qu’il a un oncle à Berlin. À la maison, on n’en parle jamais. Pourquoi ?
     Heinrich dans la maison de son oncle. La villa de Grunewald est toujours pleine de monde. L’oncle  s’entoure de gens  qu’Heinrich trouve bizarres et qu’il ne comprend pas – une société qui lui est inconnue : des artistes, des intellectuels, des acteurs, des dames avec des coiffures audacieuses, le visage maquillé. Ils parlent par allusions qu’il ne comprend pas. Veulent-ils lui cacher des secrets ? Leurs regards narquois. Est-ce qu’ils se moquent de lui, de sa chemise à col marin ? Ils s’amusent, racontent des blagues qu’il ne trouve pas drôles. En dépit de leur gaîté, ils ont l’air d’avoir peur. Ce jeu inexplicable avec le verre d’eau qui, sans que personne apparemment le touche, glisse rapidement sur la table ronde, faisant des va-et-vient entre les lettres peintes qui forment un cercle. Quelqu’un inscrit les lettres, qui se transforment en mots. S’agit-il de messages occultes ? « Déterminé par angoisse » [en français dans le texte].
     Tout cela était-il censé aboutir à une pièce de théâtre ? Tout pourrait se jouer en une soirée dans cette villa. Fête d’anniversaire en l’honneur de son oncle. « Le champagne est encore une denrée de la paix. » Et au loin, sans cesse, des détonations, puis les tirs anti-aériens. Quelle forme faut-il donner à l’histoire d’Heinrich ? Prose narrative, cinéma, théâtre – la décision parfois tarde à venir. Je dois avouer que je trouve aux formes mixtes un charme particulier. 
     « Heinrich ou les souffrances de l’imagination ». Le jeune homme découvre, expérience bouleversante mais aussi libératrice, que le monde n’est pas tel qu’il l’avait cru jusque-là, dans la foi incontestée de sa naïveté. Il voit les choses autrement. Peu à peu, le voilà adulte.
     Il est long, et parfois tortueux, le chemin qui me conduit à une histoire. Je me demande s’il faut vraiment que ce soit l’auteur qui cherche l’histoire – ne pourrait-on imaginer l’inverse, l’histoire qui cherche son auteur. Elle lance quelques phrases, comme un appât, et l’auteur les note ; elle se dérobe, puis de nouveau, au détour d’un petit événement, ou d’une remarque, elle se rapproche de l’auteur, et l’auteur note ce qu’il a entendu, et il essaie d’en apprendre davantage, mais il ne se livre pas à des investigations de journaliste pour découvrir des détails plus précis et pour vérifier si l’histoire est authentique, non, c’est en lui-même – il le constate une première, une deuxième, une troisième fois – qu’il fait des investigations et des recherches, et il met le résultat en relation avec sa propre situation, avec ses propres expériences. Et c’est ainsi que peu à peu, l’histoire s’empare de lui, le tourmente, le laisse tomber comme un amant malheureux, le rend grognon et fait naître en lui un zèle inaccoutumé, ainsi que le plaisir de raconter, et de cette manière, une première ébauche fragmentaire voit le jour. Rien de plus. L’histoire ne tient pas à être plus complète. Mais voilà que l’auteur veut apporter des preuves, argumenter, et l’histoire se défend. L’auteur est moins bon, et il s’en rend compte. Il se fie à sa routine, et cela le rend malheureux. Il veut expliquer l’histoire, il veut combler les trous, clarifier les zones d’ombre. L’histoire s’échappe.  Quel malheur, se lamente l’histoire, je me suis trompée d’auteur ! Il n’a pas remarqué ma dureté, il jette un regard trop limité sur mes personnages, il veut trop expliquer. Comme il est faible ! C’est un adepte de la psychologie, il est craintif, il est conformiste, il vise le succès, et quand il me raconte, en réalité, il ne fait jamais que se raconter lui-même, il est partial, il est trop jeune, il est trop vieux, il est sentimental, il est trop grossier, il est trop délicat, trop sensible, tout ce qu’il veut, c’est trouver le trait final, il est trop vieux jeu, il est trop moderne – ah, si seulement j’avais trouvé un autre auteur pour me mettre en valeur !
 

DOCUMENTS

INTERVENTIONS DES PARTICIPANTS 
À L\'HOMMAGE RENDU À TANKRED DORST LE 14 MARS 2009


MARYSE STAIBER
directrice de l\'Institut d\'Études Allemandes à l\'Université de Strasbourg :
Tankred  Dorst dans la littérature allemande contemporaine

     Pour commencer, je souhaiterais rebondir sur la fin du discours de Tankred Dorst, lauréat du Prix Européen de Littérature 2008, qui met bien en évidence l’une des caractéristiques majeures de cette œuvre connue et reconnue pour sa créativité foisonnante et sa productivité remarquable dans l’espace germanophone (de très nombreux prix littéraires prestigieux en témoignent, dont le Prix Büchner et le Prix Max Frisch), mais aussi sur le plan international. Cette œuvre est reconnaissable entre toutes grâce à quelques données majeures : tout d’abord, l’intérêt pour l’histoire, pour les histoires ; autrement dit, le souci du dialogue, de l’autre qui marque autant l’œuvre dramatique que celle en prose. Je cite, dans la traduction française d’Hélène Belletto-Sussel, ce passage essentiel pour mieux comprendre et situer l’œuvre : 
     « Il est long, et parfois tortueux, le chemin qui me conduit à une histoire. Je me demande s’il faut vraiment que ce soit l’auteur qui cherche l’histoire – ne pourrait-on imaginer l’inverse, l’histoire qui cherche son auteur. Elle lance quelques phrases, comme un appât, et l’auteur les note ; elle se dérobe, puis de nouveau, au détour d’un petit événement, ou d’une remarque, elle se rapproche de l’auteur, et l’auteur note ce qu’il a entendu, et il essaie d’en apprendre davantage, mais il ne se livre pas à des investigations de journaliste pour découvrir des détails plus précis et pour vérifier si l’histoire est authentique, non, c’est en lui-même – il le constate une première, une deuxième, une troisième fois – qu’il fait des investigations et des recherches, et il met le résultat en relation avec sa propre situation, avec ses propres expériences. Et c’est ainsi que peu à peu, l’histoire s’empare de lui, le tourmente, le laisse tomber comme un amant malheureux, le rend grognon et fait naître en lui un zèle inaccoutumé, ainsi que le plaisir de raconter, et de cette manière, une première ébauche fragmentaire voit le jour. Rien de plus. L’histoire ne tient pas à être plus complète. Mais voilà que l’auteur veut apporter des preuves, argumenter, et l’histoire se défend. L’auteur est moins bon, et il s’en rend compte. Il se fie à sa routine, et cela le rend malheureux. Il veut expliquer l’histoire, il veut combler les trous, clarifier les zones d’ombre. L’histoire s’échappe.  Quel malheur, se lamente l’histoire, je me suis trompée d’auteur ! Il n’a pas remarqué ma dureté, il jette un regard trop limité sur mes personnages, il veut trop expliquer. Comme il est faible ! C’est un adepte de la psychologie, il est craintif, il est conformiste, il vise le succès, et quand il me raconte, en réalité, il ne fait jamais que se raconter lui-même, il est partial, il est trop jeune, il est trop vieux, il est sentimental, il est trop grossier, il est trop délicat, trop sensible, tout ce qu’il veut, c’est trouver le trait final, il est trop vieux jeu, il est trop moderne – ah, si seulement j’avais trouvé un autre auteur pour me mettre en valeur ! »
     C’est par sa destinée marquée par l’histoire mortifère du XX° siècle que l’itinéraire de Tankred Dorst, né le 19 décembre 1925 à Oberlind en Thuringe, s’apparente d’emblée à celui de bien des auteurs majeurs de sa génération (Günter Grass, Heinrich Böll, Siegfried Lenz), celle née dans l’entre-deux-guerres, celle qui a dû vivre l’enfance et l’adolescence sous le régime nazi. Renvoyé des Jeunesses hitlériennes en 1941 (pendant une garde, l’adolescent de 16 ans avait lu !), deux ans plus tard (en 1943) incorporé dans le Service du travail obligatoire, Tankred Dorst est enrôlé en 1944 dans l’armée allemande, un mois plus tard fait prisonnier de guerre sur le front ouest (détenu en Angleterre puis aux États-Unis). Retour en Allemagne en 1947. « Stunde Null » : la terre dévastée, les décombres à perte de vue de cette « heure zéro », disons même de ces années zéro. Cette expérience fondatrice de voir la destruction dans toute son horreur, d’éprouver de la douleur, de ressentir une profonde détresse morale et matérielle constitue le mobile principal de la création comme il ressort de cette citation. « Au cadre de scène de mon théâtre, j’écrirais : Nous ne sommes pas des médecins, nous sommes la douleur. » Ou encore cette autre : « Le théâtre est une affirmation. On y affirme que le monde est une terre dévastée… »
     En effet, la production de tant de grandes pièces de théâtre est sans aucun doute la dimension de l’œuvre la plus connue (c’est vrai dans l’espace germanophone – je pense à la collaboration avec Peter Zadek et Peter Pallitzsch – mais bien davantage encore quant à la réception en France qui doit énormément aux hommes de théâtre : je pense à Patrice Chéreau et Jorge Lavelli ; ici à Strasbourg, je voudrais aussi tout particulièrement rendre hommage à notre ami Gaston Jung). Ainsi, Tankred Dorst se fit connaître dès le début des années soixante par des pièces énimemment critiques comme Die Kurve (1960, Le Virage, traduction de Gaston Jung, Chantal Kontzler et Maryse Staiber), puis par Große Schmährede an der Stadtmauer (1961, La Grande Imprécation devant les murs de la ville, traduction de Gaston Jung, 1990), une parabole à la manière de Brecht, tout en prenant par la suite ses distances d’avec le « Lehrstück » brechtien.
     Avec la célèbre pièce consacrée au poète expressionniste Ernst Toller (Toller, 1968), Tankred Dorst inaugure une nouvelle forme de théâtre ; il s’agit d’une forme proche de la « revue » et du théâtre documentaire qui s’interroge sur le rapport complexe de l’artiste (ici représenté par l’écrivain Ernst Toller) à la politique. Cette réflexion se cristallisera, par la suite, dans la dialectique, la tension créatrice entre ces deux pôles que sont l’utopie (le rêve, la quête de l’idéal, du sens) et la réalité (« la réalité rugueuse à étreindre », disait Rimbaud). Tant par la combinaison de formes multiples qui s’organisent de façon kaléidoscopique, que par l’éloignement de l’héritage brechtien, le théâtre devient un atelier où la fonction de l’auteur ne consiste pas à fournir une œuvre close, parfaite, mais au contraire à proposer des idées, des dialogues, des constellations, des matériaux, autant d’éléments caractéristiques du théâtre « postdramatique », sans que pour autant Tankred Dorst abandonne la présence des personnages et de la fable théâtrale (comme le remarquent justement Hélène Mauler et René Zahnd dans leur excellente préface de leur traduction du Voyage à Stettin). Tankred Dorst est un auteur résolument contemporain, toujours en prise avec son temps. Ce débat avec l’histoire, avec le temps présent, l’œuvre l’explore tantôt à travers des situations actuelles, réelles, tantôt en recourant aux mythes, aux contes, aux légendes, aux textes littéraires et à des figures appartenant à d’autres époques, d’autres mondes, d’autres univers (ainsi dans Merlin oder Das Wüste Land, 1981: Merlin ou la Terre dévastée, 2005, traduction Hélène Mauler et René Zahnd). D’ailleurs, cette pièce représente, dans la création contemporaine, un cas unique par son ampleur : 90 rôles, 13-14 heures de spectacle pour décrire « une histoire de notre temps : l’échec des utopies ».
     Le critique théâtral Georg Hensel s’exprime en ces termes pour caractériser l’œuvre dramatique : « Au cours de nos décennies, aucun auteur dramatique allemand n’a joué sur tant de tonalités, sur un tel registre, aussi ample : sentimental, franc, balourd, sensible, humoristique, ironique, sarcastique, cynique, vulgaire, trivial – et toujours clair comme le jour, impossible de ne pas entendre la mélodie de l’époque : la plainte sur la déchéance des sens, jusqu’à la démence, au pays désertique de l’absurdité. » Et d’ajouter, dans la laudatio à l’occasion de la remise du Prix Büchner en 1990 : « Les pièces de Dorst ont toutes un lien direct avec le présent – de Toller à Hamsun, de la pièce d’apprentissage au mythe et à l’explosion postmoderne. Depuis trente ans, les pièces de Dorst ont répondu aux grandes transformations. Il a toujours accompagné son époque. » Certes, mais toujours en se méfiant des modes et courants dominants, des modèles explicatifs théoriques ; en insistant sur la singularité individuelle, sur ce qu’on nomme en allemand au sens étymologique du terme Eigensinn.
     Entre-temps, cela fera bientôt cinquante ans, un demi-siècle donc, que cette œuvre majeure cherche, selon les termes de l’auteur, à trouver des histoires (à moins que ce ne soient les histoires qui cherchent leur auteur), à « élargir le réalisme » pour citer l’extrait d’un entretien : « Ich möchte eigentlich den Realismus nicht aufgeben, sondern nur erweitern. » (Werkstattberichte, Suhrkamp Taschenbuch, p. 108. « Au fond, je ne voudrais pas abandonner le réalisme, seulement l’élargir. ») « Élargir le réalisme », présenter une réalité subjective vue à travers le prisme de personnages dont les regards se croisent, se confrontent, s’entrechoquent, l’œuvre de Tankred Dorst s’y emploie, en reprenant et en approfondissant quelques thèmes majeurs : la réalité, l’utopie, l’histoire, l’imbrication entre action individuelle et politique, mais aussi la culpabilité (ou la faute, « die Schuld »), la réflexion sur l’artiste et sur l’art, le temps, le vieillissement, le dépassement des frontières.
     Je ne voudrais pas terminer ces remarques sans mentionner la coopération avec Ursula Ehler – co-auteur de nombreuses productions – ce qui met encore en évidence l’importance du dialogue, la présence de l’autre. Ensemble, Tankred Dorst et Ursula Ehler ont notamment entrepris l’écriture de la chronique d\'une famille bourgeoise allemande entre 1920 et 1980, chronique composée de pièces de théâtre (Auf dem Chimborazo / Sur le Chimborazo, 1974 ; Die Villa / La villa (1980), d’une suite de proses Die Reise nach Stettin / Le Voyage à Stettin (dont la belle traduction d’Hélène Mauler et de René Zahnd vient de paraître aux Éditions Arfuyen) où éléments scéniques, autobiographiques et poésie s’enchevêtrent, avec, toujours comme toile de fond, l’histoire. Pour conclure, je citerai cet extrait de la préface du Voyage à Stettin (p. 9) qui résume avec pertinence la situation de l’œuvre de Tankred Dorst :
« Sans bénéficier de la notoriété mondiale d’autres écrivains (alors qu’il est l’auteur de théâtre allemand vivant le plus joué dans le monde germanophone), Dorst participe à sa façon au profond examen de conscience de l’Allemagne d’après-guerre, nourri par les réflexions et prises de position de Böll, par les témoignages et faux-fuyants de Grass, ou encore par les enquêtes ciselées et sublimes de Sebald. Une des singularités de Dorst dans ce paysage dominé par la culpabilité est précisément son honnêteté foncière, une manière de se tenir droit en disant : voilà comment les choses se sont passées. » 

REVUE DE PRESSE

Travail de mémoire
Zazieweb par SAHKTI

 En 1941, Tankred Dorst est renvoyé du corps de marine des Jeunesses Hitlériennes pour avoir été surpris en train de lire alors qu’il montait la garde. Un événement pas si anodin que cela qui va fortement marquer la vie de l’auteur et sert de point central à ce récit, très autobiographique, même si c’est un jeune allemand, Heinrich, qui est au centre de l’ouvrage.
 Ce dernier doit participer à un stage de la marine hitlérienne dans le port de Stettin, à bord de l’Amiral Trotha. Un incident y survient, nous le découvrirons au fil des pages. Pour cela, Heinrich a quitté son amie Hannah ; il se rend ensuite à Berlin. Sur place, il noue contact avec son oncle Plinke, un inconnu pour lui en mauvais termes avec sa mère qui apprécie peu les manières trop libérées de son frère. Vrai que l’homme peut passer pour marginal dans cette Allemagne nazie, en particulier quand on vient comme Heinrich d’un endroit éloigné de la capitale et de ses habitudes.
 À travers ce récit, c’est à un tas d’interrogations que se livre Tankred Dorst, via un destin individuel qui est pourtant celui de toute une société. Entre onirisme, poésie et théâtralité, l’auteur propose un roman d’apprentissage sur fond de bombardements. Heinrich est surpris en train de l’ire, c’est tout le rapport à la littérature et à la culture qui est ici décrypté. C’est également celui du poids de la collectivité sur un individu, sur la marche à suivre et les normes adoptées. Réflexion ô combien importante dans le régime qui fut celui de l’Allemagne à cette époque. Le dialogue, très présent dans l’œuvre de Dorst, met en lumière les errances et le questionnement des uns et des autres, parfois poussé jusqu’à l’absurde. Le passé allemand est ici visité, exploré, avec une volonté de devoir de mémoire qui fait encore trop mal, tant les événements restent frais dans les esprits. Pas de culpabilité ou de victimisation, mais le besoin de dire, de savoir et de comprendre. Voilà comment les choses se sont déroulées, reste à savoir pourquoi. Travail délicat que l’écriture ciselée de Tankred Dorst rend très humain, sensible, avec ce qu’il faut de distance et d’implication.
 Cet ouvrage a reçu le Prix Européen de Littérature 2009.
 



Le Voyage à Stettin
Chroniques de la Luxiotte par Alain JEAN-ANDRÉ

 Ce court roman d’apprentissage, qui se lit d’une traite, comporte une mince trame narrative : pendant la deuxième guerre mondiale, Heinrich, un jeune allemand, part pour quatre semaines suivre un stage d’instruction de la marine des jeunesses hitlériennes au port de Stettin, sur l’Amiral Trotha. Il quitte son amie Hannah, son lycée, prend le train au petit matin. Dans le récit allusif sur le début de son séjour sur la Baltique, on comprend que quelque chose d’anormal s’est vite passé, dans une courte page qui ressemble à un rêve, ou à un cauchemar – et on retrouve Heinrich, qui attend le train, puis se rend finalement à Berlin.
 Arrivé dans la capitale allemande, il se résout à téléphoner à son oncle Plinke. Dès le début de cette histoire, le lecteur sait que la manière de vivre de ce parent déplait fortement à sa sœur, mère d’Heinrich. Elle n’a plus de relations avec lui, Heinrich ne le connaît pas ; aussi découvre-t-il un homme aux manières décomplexées et provocantes, très différentes des étroitesses de la ville de province dont il vient. Plinke apparaît tout de suite comme un personnage central, un Allemand peu conventionnel, surtout à l’époque du nazisme. Fabricant de semelles orthopédiques, il côtoie les milieux littéraires, ou ce qu’il en reste, à Berlin. On sent un microcosme qui exprime une forme de résistance passive, mais qui doit surveiller sans cesse ses paroles. Constamment, des répliques inattendues mettent le lecteur en éveil.
 Ce roman est construit à partir d’une scène qui n’est pas racontée, un incident qui est survenu au port de Stettin, sur l’Amiral Trotha, quand Heinrich montait la garde sur le navire. Il est clair qu’il n’a pas respecté une règle et a été écarté. Cette rupture correspond à un événement de la vie de l’auteur : en 1941, lors d’un stage du même type, il a été renvoyé au bout de trois jours parce qu’il lisait au moment de monter la garde. Mais le livre, traversé par le poids de la guerre, les bombardements, les destructions, les ruines, dépasse un destin individuel. Il montre les interrogations et les rêves d’un adolescent qui passe par une épreuve qui le transforme avec une telle force qu’il est envahi par l’idée de la mort, à la grande surprise d’Hannah qui lui crie : « Mais tu n’es pas du tout mort (…), tu vivras encore beaucoup, beaucoup d’années » ; il reprend aussi des matériaux de la grande tradition expressionniste allemande, et des procédés venus du théâtre, ce qui donne au livre un mode narratif original, par scènes juxtaposées, et un ton surprenant.
 En fait, indiquent les traducteurs, le roman provient d’une pièce de théâtre écrite auparavant, ce qui explique « la prééminence du dialogue ». Car Tankred Dorst est d’abord un homme de théâtre, il a écrit de nombreuses pièces pour des théâtres allemands, mais a aussi travaillé avec Chéreau à Milan et à Villeurbanne. Il considère qu’« une pièce de théâtre n’est pas de l’ordre de l’achevé », que la mise en scène peut l’amener à revoir son texte. Hélène Mauler et René Zahnd précisent encore qu’il est « l’auteur de théâtre allemand vivant le plus joué dans le monde germanophone », et ajoutent qu’il « participe à sa façon au profond examen de conscience de l’Allemagne d’après-guerre, nourri par les réflexions et les prises de positions de Böll, par les témoignages et faux-fuyants de Grass, ou encore par les enquêtes ciselées et sublimes de Sebald ». Ce roman, le plus personnel de l’auteur, confrontent, avec une grande sobriété d’écriture, des êtres différents soumis à la pression de la Grande Histoire.



L’Allemagne en éclats
Les Affiches-Moniteur par Michel LOETSCHER

 Les Grands Prix de Littérature 2009 ont été remis à l’Hôtel de Ville de Strasbourg. Attribué chaque année sous le haut patronage du Conseil de l’Europe et parrainé par la Ville de Strasbourg, le Prix européen de Littérature distingue, pour l’ensemble de son œuvre, le dramaturge, cinéaste, metteur en scène et romancier allemand Tankred Dorst. Le Prix de Littérature Francophone Jean Arp distingue la poétesse luxembourgeoise Anise Koltz pour son premier ouvrage en prose, La Lune noircie. Le Prix du Patrimoine Nathan Katz distingue à titre posthume Gustav Stoskopf (cf. Les Affiches-Moniteur n°24 du 24 mars) pour Quand j’étais gosse et autres petites histoires alsaciennes, traduit de l’alsacien par Noctuel.
 L’œuvre romanesque du munichois Tankred Dorst, qui a vécu la Seconde Guerre mondiale, est encore inconnue en France. Le Voyage à Stettin (Die Reise nach Stettin, 1984) est traduit, un quart de siècle après sa parution originelle, par Hélène Mauler et René Zahnd, dont le travail a été distingué par la Bourse de Traduction du Prix Européen de Littérature. Le roman s’inscrit dans une veine autobiographique : en 1941, le jeune Dorst est renvoyé au bout de trois jours d’un stage d’instruction de marine des Jeunesses hitlériennes parce qu’il avait... lu pendant qu’il montait la garde. 
 Versé à dix-huit ans dans les effectifs de la Wehrmacht, il est fait prisonnier en 1944 et entame une longue détention en Angleterre puis aux États-Unis, qu’il met à profit pour faire connaissance avec la littérature allemande qui lui était jusqu’alors inconnue (dont la Montagne magique, découverte en creusant une galerie sous une maison...), avant de revenir au pays à l’automne 1947 : « Lorsque je suis rentré en Allemagne, j’étais absolument convaincu que je passerais ma vie au milieu des décombres et des ruines. Je pensais que jamais ces grandes villes démolies ne seraient reconstruites, que jamais plus les maisons ne formeraient des rues, que jamais plus il n’y aurait de lumière aux fenêtres »...
 Après des études supérieures sans conviction à Bamberg et Munich, il fonde en 1953 « Das kleine Spiel », un Théâtre de marionnettes, et travaille pour le cinéma, la télévision, l’édition ou la radio. Sa première pièce, Die Kurve, est créée en 1960 à Lùbeck. Depuis, son œuvre théâtrale, imposée notamment par Patrice Chéreau (Toller, 1970) et jouée à travers l’Europe, interroge l’échec des utopies éprises d’absolu.



Une autre Europe, celle de la littérature
Strasbourg Magazine par -

 Le 14 mars, dans le salons de l’Hôtel de Ville, Daniel Payot, adjoint au maire en charge de la culture, a remis à Tankred Dorst ainsi qu’à ses traducteurs, le Prix européen de littérature 2009.
 Cette manifestation* s’inscrivait dans Traduire l’Europe, première d’une série de quatre temps forts programmés par la Ville et la CUS pour promouvoir la lecture publique, en collaboration avec les associations et les libraires.
 Hommage était ainsi rendu au grand dramaturge et romancier considéré comme l’un des plus grands écrivains allemands. Ses pièces de théâtre, mises en scène – en France par Patrice Chéreau (Toller) et, plus récemment, par Georges Lavelli (Merlin) —, seront plusieurs fois à l’affiche cette année dans notre pays.
 Au cours de la même séance, la poétesse Anise Koltz se voyait remettre le Prix de littérature Jean Arp pour La Lune noircie tandis que le prix Nathan Katz est revenu à Benjamin Subac, alias Noctuel, pour ses traductions de Gustave Stoskopf.
 Daniel Payot a conclu la cérémonie par une citation d’Umberto Eco : « La langue de l’Europe, c’est la traduction. »

* Les prix ont été décernés dans le cadre des 4es Rencontres Européennes de Littérature, organisées par l’Association Capitale européenne des Littératures (ACEL).