Logo prix européen de littérature

NATHAN-KATZ-PRIS FIR LITERATÜR IM ELSASS

2007

Jean GEILER DE KAYSERSBERG

KAYSERSBERG

 L’œuvre de Jean Geiler de Kaysersberg a été la quatrième à être distinguée par le Prix du Patrimoine Nathan Katz. Le Prix a été proclamé en novembre 2007 et l’hommage rendu en mars 2008 dans le cadre des 3° Rencontres Européennes de Littérature à Strasbourg.

LA VOIX D’UN PROPHÈTE

 Près de cinq siècles après sa mort, l’œuvre de Geiler, si souvent citée, reste, à l’exception d’un seul sermon, totalement inédite en français.
 Comment le comprendre alors que sa voix est l’une des plus fortes et des plus originales de son époque ? Serait-ce qu’aujourd’hui encore sa personnalité hors norme fait peur ? Ou que cette langue riche et archaïque, comme celle de Rabelais, est bien difficile à traduire ? 
 Nombreux sont les visiteurs de la cathédrale de Strasbourg qui s’arrêtent devant la chaire de pierre finement ciselée par Hans Hammer en 1485. Mais peu de gens savent que cette merveille a été sculptée tout exprès pour honorer le plus grand prédicateur qu’ait connu la ville, Jean Geiler de Kaysersberg.
 Sa renommée s’était étendue si loin que l’empereur lui-même avait tenu à s’entretenir avec lui en tête à tête, presque d’égal à égal. Le prédicateur ne faisait rien pourtant pour flatter les puissants. « Je suis le veilleur, disait-il  ; mon rôle est de donner l’alerte. Quand j’aperçois les flammes de l’incendie, je souffle dans ma trompe à pleins poumons ! »

  UN CŒUR D’HOMME
 Personne n’échappe à ses réquisitoires. Aux religieux il réserve ses plus terribles flèches. Leurs couvents ne sont hélas bien souvent que des maisons de passe. « N’y mettez pas vos enfants, prévient Geiler s’adressant aux parents, les filles deviendraient plus vicieuses que des prostituées, et les garçons, les pires voyous ! ».
 
Aux riches il reproche leur cynisme. Lorsqu’ils stockent le blé pour faire monter les cours, il n’hésite pas à appeler les pauvres à forcer les greniers : « Armez-vous de haches, allez vous servir chez ceux qui ont de trop de ce qui vous manque », crie-t-il en 1481, alors que les sans-le-sou meurent de faim. Aux hommes politiques il demande d’agir en faveur des malades : pour les syphilitiques, qu’on traite comme des parias, il exige qu’on crée un hospice.

 UNE LANGUE TRUCULENTE
 Ce qui fait la force des textes de Geiler, c’est la verdeur et la richesse de leur langue. Il n’hésite jamais à utiliser les images les plus crues, les expressions les plus triviales pourvu qu’elles frappent. Il aime prendre ses mots dans le genre bien assaisonné, salé, poivré même. Il se plaît à user d’allégories incongrues : le civet de lièvre, la grenouille, le pain d’épices.

  L’ENFANT DE KAYSERSBERG 
 Né le 16 mars 1446 à Schaffhouse, le jeune Geiler n’y resta guère. L’année même de sa naissance, son père s’établit à Ammerschwihr comme secrétaire de la municipalité, fonctions qu’il n’exerça que peu de temps : un ours le blessa mortellement.
 Jean fut alors recueilli par son grand-père à Kaysersberg. Après de brillantes études à l’université de Fribourg-en-Brisgau, il commença d’y enseigner, puis entreprit en 1471 des études de théologie à Bâle. Docteur frais émoulu, il fut rappelé à Fribourg pour y enseigner les Saintes Écritures en 1476 et y devint le recteur de l’université.

 LE PRÉDICATEUR DE LA CATHÉDRALE 
 Alors que sa carrière s’annonçait brillante, il quitta sa chaire de professeur pour devenir prédicateur. Invité par l’évêque de Wurzbourg à prêcher dans sa ville, il fut heureusement retenu par Pierre Schott en Alsace et prit ses fonctions de prédicateur de la cathédrale de Strasbourg dès 1478.
 Il prêchait tous les jours pendant le Carême, tous les dimanches, lors des fêtes carillonnées et lorsqu’une grande procession se déroulait. S’ajoutaient à ces prestations obligatoires les sermons que Geiler acceptait de donner dans plusieurs monastères féminins. On estime qu’il prenait la parole en moyenne deux fois par semaine.

 LE PRÉCURSEUR DE LA RÉFORME
 Fidèle disciple de Gerson, Geiler attendait beaucoup de l’évêque de Strasbourg qui devait, selon sa conception, réunir les prêtres en synode auprès de lui, leur rendre visite dans leurs paroisses et les traiter comme de véritables coopérateurs.
 Déçu par l’inertie des titulaires successifs de cette charge, il envisagea sérieusement de se retirer dans un ermitage : « Il n’y a pas d’espoir de voir la chrétienté s’améliorer, déclare-t-il en 1508 du haut de sa chaire… une réforme générale ne peut donc se faire… Que chacun aille donc dans un coin, enfonce sa tête dans un trou et s’occupe à obéir, lui, aux commandements de Dieu ».
 
Jean Geiler mourut à Strasbourg le 10 mars 1510, sept ans avant le début de la Réformation. Certains protestants le considérant comme leur précurseur, le Saint-Siège jugea que la lecture de ses sermons était dangereuse et le mit à l’index. Vite oublié par les protestants, il ne fut redécouvert qu’au XIXe siècle. Ainsi réveillé, l’intérêt suscité par cette grande figure est resté vif jusqu’à nos jours.

BIBLIOGRAPHIE

  L’ŒUVRE DE JEAN GEILER DE KAYSERSBERG
 L’édition critique des œuvres n’est pas encore achevée : J. Geiler von Kaysersberg, Sämtliche Werke, édités par Gerhard Bauer, 3 volumes parus, Berlin-New-York, 1989, 1991, 1995 (Ausgaben deutscher Literatur der XV bis XVII Jht., 129, 139, 147).
 Il faut donc se reporter aux éditions latines de P. Wickram et allemandes du Cordelier J. Pauli, longtemps discrédité et réhabilité par L. Pfleger (Archiv für elsässische Kirchengeschichte, 1928, p.47-96).
 Des œuvres inédites de Geiler de Kaysersberg furent publiées dans l’Archiv für elsässische Kirchengeschichte par L. Pfleger en 1931 (Von den zwölf schefflin), 1935 (Von den XV Aest) et en 1941-1942 (Von der Artt der Kind). A. Vonlauthen en 1931 (Geilers Seelenparadies im Verhältnis zur Vorlage) et E. Breitenstein en 1938 (Die Vorlage der Geiler zugeschriebenen Emeis) ont étudié dans cette même revue les sources utilisées par Geiler.
 
 LES ÉTUDES SUR JEAN GEILER DE KAYSERSBERG
 Une bonne présentation des sources et des travaux qui permettent de se familiariser avec l’œuvre de Geiler et de mieux connaître sa vie se trouve dans l’excellent ouvrage d’Uwe Israel, Johannes Geiler von Kaysersberg (1445-1510). Der Strassburger Münsterprediger als Rechtsreformer (Berliner historische Studien, 27), Berlin, 1997. 
 Parmi les nombreuses autres études, nous ne retiendrons ici que quelques titres : L. Dacheux, Un réformateur catholique à la fin du XV° siècle, J. Geiler de Kaysersberg, Paris, 1876 ; Ch.Schmidt, Histoire littéraire de l’Alsace à la fin du XV° siècle et au commencement du XVI° siècle, tome 1, Paris, 1879 ; E. J. Dempsey-Douglass, Justification in late medieval Preaching. A Study of J. Geiler of Kaisersberg, Leyde, 1966 ; J.Wimpfeling, B. Rhenanus, Das Leben des J. Geiler von Kaysersberg, édité par O. Harding, Munich, 1970 ; U. Israel, cité plus haut, H. Kraume, Die Gerson-Übersetzungen Geilers von Kaysersberg. Studien zur deutschsprachigen Gerson-Rezeption, Munich, 1980 ; F.Rapp, La critique des abus avant la Réformation : Geiler de Kaysersberg, in M. Arnold, Annoncer l’évangile (XV-XVII° siècles), Paris, 2006, p.249-260.

 OUVRAGES PUBLIÉS DANS LE CADRE DU PRIX
  À l’initiative du Prix du Patrimoine Nathan Katz est publiée en français la première traduction en français des sermons et traités de Jean Geiler de Kaysersberg (près de cinq siècles après sa mort !).
 Deux volumes : La Nef des sages et Le Civet de lièvre (Arfuyen, 2008), traduits du moyen haut allemand par Christiane Koch avec des préfaces de Francis Rapp et Mgr Joseph Doré.

DISCOURS

HOMMAGE À JEAN GEILER DE KAYSERSBERG
PAR LE PROFESSEUR FRANCIS RAPP, MEMBRE DE L\'INSTITUT
À L\'OCCASION DU PRIX DU PATRIMOINE NATHAN KATZ  2008


     C’est en 1478 que Geiler prit ses fonctions de prédicateur de la cathédrale de Strasbourg. Comme le lui prescrivait ce qu’on peut appeler son contrat, il prêchait tous les jours pendant le Carême, tous les dimanches, lors des fêtes carillonnées et lorsqu’une grande procession se déroulait pour supplier le Seigneur ou le remercier. S’ajoutaient à ces prestations obligatoires les sermons que Geiler acceptait de donner dans plusieurs monastères féminins. On estime qu’il prenait la parole en moyenne deux fois par semaine. […]
     De toutes ses forces, de tout son cœur, il voulait instruire, convaincre et convertir. Pour autant, il ne dédaignait pas les règles élaborées par des générations de théoriciens et de praticiens de l’homilétique. L’ars praedicandi lui était familier. Pour l’essentiel, il ne s’en écartait pas. […] Ce qui était original chez lui, c’était la manière. L’imagination de Geiler était continuellement en effervescence et lui fournisssait les comparaisons dont il avait besoin pour jeter des passerelles entre la spéculation et la vie quotidienne. Son sens très sûr de la langue l’aidait à découvrir les mots qui correspondaient le plus justement à ce qu’il pensait et à ce qu’il ressentait, les expressions les plus savoureuses. Il n’avait pas peur de les prendre dans le genre bien assaisonné, salé, poivré même. Ce qui pourrait surprendre, voire scandaliser de nos jours ne choquait pas les hommes de la fin du moyen âge, ni même ceux de la Renaissance – pensons à Rabelais. Entre son public et lui, ce style créait une sorte de complicité. Un jour qu’il l’avait fait rire et qu’il avait ri lui-même, il dit en se montrant du doigt : « Dans ce tonnelet, il y en a encore beaucoup de ce cru. »
     Parce qu’il lui fournissait des images et l’invitait à les développer ou à les associer, le genre dit « emblématique » lui convenait parfaitement. Il se plaisait à créer des ensembles de symboles et d’allégories. Parmi les plus connus, citons le civet de lièvre, la grenouille, ou le pain d’épices dont il savait découvrir la signification spirituelle.
     Des procédés mnémotechniques tels que les acrostiches lui paraissaient indiqués pour atteindre son but. Les fidèles ne devaient pas seulement comprendre ce qu’il leur disait, mais aussi le retenir. Quand il sentait leur attention faiblir, il racontait des historiettes, le temps pour ses auditeurs de se reprendre, puis il suivait à nouveau le fil de son raisonnement. La popularité dont il jouit pendant les trente-deux ans que dura sa mission prouve que son savoir-faire était efficace.  […]
     Disciple de Gerson, Geiler accorde une place capitale à la spiritualité. Il est donc normal qu’il donne beaucoup de prix à la vie monastique. Il compare volontiers les couvents à des paradis de l’âme. à condition toutefois que leurs occupants en observent strictement la règle dans l’esprit qui avait animé leurs fondateurs.  […]
     Personne n’échappait à ses réquisitoires. Ni les prélats qu’il lui arrive de comparer à des cheminées mal ramonées dont la suie tombe dans les marmites et gâte les sauces ou à des passerelles vermoulues qu’il ne faut pas emprunter sous peine d’être happé par le vide. Ni les simples prêtres, dont il se demande si c’est avec du cambouis que l’évêque les a oints le jour de leur ordination. Le ministère leur importe peu ; ce qui les intéresse, c’est ce qu’il rapporte. Ce ne sont pas des bergers mais des tondeurs.
     Les plus malmenés sont les religieux. Lorsqu’ils ne sont pas de stricte observance, leurs couvents ne sont que des maisons de passe. « N’y mettez pas vos enfants, prévient Geiler s’adressant aux parents ; les filles deviendraient plus vicieuses que des prostituées, et les garçons, les pires voyous ! » La pauvreté n’y était plus qu’une fiction ; l’obéissance, ridiculisée ; la chasteté, trahie. Ceux et celles qui devaient être le sel de la terre méritaient d’être appelés sal parce que ces trois lettres signifiaient superbe, avarice et luxure.
     Mais que les laïcs ne s’érigent pas en juges des clercs ! Qui donc met ses filles au couvent pour s’en débarrasser comme on noie une portée de chiots ? Qui donc dit d’un fils infirme : « Allons, on en fera un curé ! » ? Les laïcs ont le clergé qu’ils méritent. « Vous êtes le miroir où se reflètent nos faiblesses. »
     Les riches se faisaient rappeler à l’ordre parce qu’ils ne se souciaient pas d’aider les pauvres. Les spéculations des possédants qui stockaient du blé dans leur grenier jusqu’à ce que son cours atteigne des sommets étaient sévèrement condamnés. « Armez-vous de haches, allez vous servir chez ceux qui ont de trop de ce qui vous manque », cria Geiler en 1481, lorsque les grains étaient si chers que les sans-le-sou mouraient de faim.  […]
     Il eut pitié des syphilitiques qui étaient traités comme des parias et demanda qu’un hospice leur fût affecté. Sans doute les édiles pensèrent que le prédicateur avait beau jeu de rappeler des principes ; il n’était pas obligé, lui, de composer avec la réalité, complexe et pesante.
     Comment nier que Geiler, emporté par sa passion du bien, transgressait allègrement les lois du raisonnable ? Mais il voulait émouvoir, bouleverser même ceux qui l’écoutaient. Il ne pouvait pas rester tout en nuances. C’était un prophète, et les prophètes tonnent.

DOCUMENTS

UN EXTRAIT DU CIVET DE LIÈVRE
de Jean Geiler de Kayserseberg
traduit du moyen haut-allemand par Christiane Koch

     Si on préparait un lièvre en civet sans le dépiauter, on aurait un repas détestable ; les poils colleraient sans arrêt aux dents. Il est donc indispensable de le dépiauter.
     C’est ce qu’il faut aussi faire pour le lièvre qu’est l’être humain spirituel : il faut lui tirer la peau par-dessus les oreilles, le larder et le rôtir, bien l’assaisonner pour pouvoir le manger ; il faut préparer la marinade – je parlerai de tout cela plus tard, le moment venu, Dieu voulant.
     Notez bien : trois peaux sont à enlever à l’être spirituel qu’on prépare pour être consommé. La première ce sont les richesses de ce monde ; c’est une peau rude et dure, elle s’enlève facilement. La deuxième, c’est la volonté propre, elle est molle et tendre, et il est difficile de l’enlever. La troisième peau, c’est le comportement extérieur. […]
     1. En premier lieu il faut enlever au lièvre la peau du corps, les richesses temporelles, et la peau de l’âme, la volonté propre ; c’est ainsi qu’il sera un repas agréable pour Dieu le Seigneur. Quand tu entres au couvent, tu laisses derrière toi ta maison et tes biens et tu n’emportes que ce qui est toléré par le droit du lieu.
     Nos seigneurs d’ici ont le règlement suivant : à celle qui veut entrer au couvent on ne laisse que 100 livres ; et même si elle possède du bien valant 1000 gulden, on ne le lui laisse pas. Par contre, si elle entrait dans une maison de prostitution, elle y emporterait tous ses biens, on ne lui prendrait pas le moindre sou ; personne ne s’y opposerait, personne ne l’en empêcherait. Mais pour celle qui veut servir Dieu, on se fait beaucoup de soucis, on met des restrictions autant qu’on peut, comme si au couvent elle n’avait plus besoin de rien.
     Tu dis : « C’est le droit de la ville, je ne peux pas donner plus de 100 livres à mon enfant ; ce sont nos seigneurs qui ont établi cette loi. » La belle loi que voilà ! Tes seigneurs ont réussi à dépouiller celle qui veut entrer au couvent, et on ne lui donne pas ce qui lui appartient. Mais si elle reste dans le monde, qu’elle devienne une personne bien ou qu’elle coure au bordel, personne ne pipe mot, bien plus, on lui donne 100 livres en plus, plutôt que de les lui prendre.
     Pouah, quelle loi ! je ne peux pas être d’accord ; c’est une loi honteuse. Tu viens dire : « Mon enfant est casée, je l’ai mise au couvent, je n’ai plus à m’occuper d’elle. » Oui, c’est cela, tu l’as casée, tu l’as munie de chaussures à lacets, juste pour t’en débarrasser ; à Dieu adieu, peu importe ce qui lui arrivera, qu’elle serve Dieu ou qu’elle serve le monde. Après tu viens dire : je veux encore donner telle ou telle chose à mon enfant ; si je savais qu’on ne le lui donne pas à elle personnellement, je le remporterais.
     C’est de cette façon que vous corrompez les gens. Il faut que je vous enseigne : vous venez apporter des friandises, un poupon de sucre, pour un dédommagement ; vous dites qu’il faut bien faire plaisir à notre enfant, c’est pour la consoler. Oui, encore heureux que ce n’est qu’un poupon de sucre et pas autre chose ! J’ai failli employer un mot grossier ! Ce que je crains, c’est qu’au bout de deux ou trois ans, il n’en sorte un grand garçon mesurant sept à huit pieds. Ne savez-vous pas que vous leur causez un grand danger bien connu ?
     Tu dis : si au moins je pouvais avoir un oiselet, ou un petit chat ou un chiot, pour me faire plaisir ; sinon c’est trop dur. Je te réponds : il faut te laisser dépiauter, tirer la peau par-dessus les oreilles, renoncer à tous les plaisirs du monde, et chercher ton bonheur en Dieu seul… Tu abandonnes les richesses de ce monde, c’est la peau du corps. La peau de l’âme, c’est la volonté propre.
     2. Deuxièmement, les peaux fines sont difficiles à enlever. Plus elles sont fines, plus c’est difficile. Il s’agit de la peau de la volonté propre, elle colle beaucoup à la personne. Tu as des gens qui laissent les biens matériels très facilement ; cela ne les touche guère, et même s’ils y pensent, ils arrivent à s’en détacher. Mais pour la volonté propre, c’est une autre affaire ; nous y sommes tellement attachés, nous tirons la langue avant même de commencer. Mais s’il doit devenir un repas agréable à Dieu le Père céleste, il faut dépiauter l’être humain. Voilà le deuxième point.
     3. La tête du lièvre est difficile à dépiauter : c’est le troisième point. Si on a tout enlevé sur les autres membres, on a bien du mal à faire passer la tête. Par tête, j’entends les gens à la raison incisive, doués par Dieu d’une grande intelligence ; pour eux c’est bien dur, car la tête est pleine de bien des choses, ne seraient-ce que les sens qui s’y trouvent. Pour le sens du toucher je n’ai qu’une main, mais la tête contient les yeux, les oreilles, le nez et la bouche. Tous ces sens se trouvent donc dans la tête.
     Par tête j’entends aussi les sages ; personne ne peut les dépasser, ils se croient toujours les meilleurs ; ils sont si sages, qu’ils entendent l’herbe pousser, ils se croient les plus fins ; quoi qu’on dise, ils savent toujours tout mieux ; ils ont leur propre avis dont personne ne peut les détourner… Même s’ils ont tout laissé, plaisir, joie, honneur, récompense, biens matériels, famille et tout, ils ne laisseront pas leurs propres idées, ils n’en démordront pas ; quoi qu’on fasse, ils veulent les faire passer. […]
     Il ne faut donc pas attendre trop longtemps, mais se laisser courageusement dépiauter. Il faut y passer, et il vaut mieux que ce soit ici-bas que dans l’au-delà. Ne crois pas qu’on va te porter sur la table du salut éternel en vue d’être pour Dieu un repas convenable, tant que tu n’es pas dépiautée. Notre Seigneur n’est pas un loup pour manger le lièvre avec la peau. Celui-ci doit être tendre pour appartenir à notre Dieu. Paul nous l’enseigne et dit : « Dépouillez-vous du vieil homme et revêtez l’homme nouveau. » C’est comme s’il disait : enlevez la vieille peau et jetez-la.

REVUE DE PRESSE

Jean Geiler de Kaysersberg
Lettre de Ligugé par Lucien-Jean BORD

 Qui était Jean Geiler ? Né à Schaffhouse en 1446, très Vite orphelin, il fut élevé à Kaysersberg par son grand-père. Lorsqu’il mourut, en 1510, ce docteur en théologie, ancien étudiant des universités de Fribourg et de Bâle, puis professeur à Fribourg, était devenu le plus grand prédicateur de son temps et c’est pour lui que fut édifiée entre 1481 et 1485 la magnifique chaire sculptée par Hans Hammer que l’on peut toujours admirer dans la cathédrale de Strasbourg. 
 L’influence de sa prédication, inspirée par son étude de Jean Gerson, mais aussi par celle d’Alexandre de Hales et de Pierre Lombard, fut immense dans les pays germanophones et l’on doit citer, parmi ceux qui se sont reconnus comme ses tributaires, Sébastien Brant, Beatus Rhenanus, Jean Reuchlin et Philippe Melanchton.
 On comprend, en lisant les deux volumes par lesquels Francis Rapp met à la disposition d’un large public ces sermons, pourquoi Geiler connut un tel succès : toujours profond, toujours clair, mais jamais ennuyeux et bien souvent humoriste, il conduit son auditoire sur le chemin du progrès spirituel. En des temps d’homélitique pontifiante et pseudo-érudite (nous parlons du XV° siècle, non du nôtre, bien que parfois...) les paroles qui descendaient de la chaire de Strasbourg tranchaient nettement avec les discours amphigouriques que subissaient trop souvent les fidèles. Mais le plus merveilleux est qu’ils n’ont pas vraiment vieilli et qu’on peut toujours les relire avec profit.



Jean Geiler de Kaysersberg, Prix du Patrimoine Nathan Katz 2008
Dernières Nouvelles d’Alsace par Antoine WICKER

 De l’heureux esprit qui inspire ce Prix, de l’idée fort vivante et moderne que l’on s’y fait du « patrimoine », son histoire même, depuis quatre ans, indique précisément l’horizon : décerné parmi d’autres prix de littérature poétique contemporaine – à Tadeusz Rozewicz et Bernard Vargaftig cette année (voir Reflets n °188 du 16 février) –, il distingua successivement Jean Hans Arp dans une traduction d’Aimée Bleikasten, les frères Matthis dans une traduction de Gaston Jung, et Alfred Kern, ses poèmes allemands, dans une traduction de Jean-François Eynard. Kern est décédé en 2001, Arp se compta parmi les plus singuliers artistes et poètes de notre XXe siècle, et c’est également dans les premières décennies du siècle d’Arp que les Matthis ont célébré en poésie le quotidien populaire de leur Strasbourg d’adoption.
 Jean Geiler certes nous ramène en d’autres temps – c’est en 1446 et à Schaffhausen en Suisse qu’est né cet enfant de Kayserberg en Alsace, d’où étaient originaires ses parents et où il fut lui-même, orphelin, tôt recueilli par son grand-père. Brillant étudiant en matières artistiques à Fribourg-en-Brisgau puis en sciences théologiques à Bâle, il est à 30 ans recteur de l’Université de Fribourg mais renonce aussitôt à la plus prometteuse des carrières universitaires pour devenir prédicateur – d’abord à Wurzbourg puis dès 1478 à Strasbourg, où l’appelait le riche ammeister Pierre Schott. Et prédicateur passionné, et populaire – de considérable réputation et notoriété, d’exceptionnel caractère et d’originale éloquence, de remarquable influence bien au-delà de la ville : c’est pour Geiler, qui y officia jusqu’à sa mort en 1510, que fut sculptée et ciselée en 1485, par Hans Hammer, la somptueuse chaire de pierre de la cathédrale alsacienne.
 Un seul d’entre eux avait été traduit en français par Madeleine Horst – elle nous révéla
ailleurs La Nef des fous de Sébastien Brant, dont le prédicateur si souvent s’inspira : les sermons et traités de Geiler composent au fil du temps une œuvre foisonnante, créée dans une langue allemande dont l’archaïsme n’en facilite pas la réception, ni bien entendu la traduction – Geiler aime prendre ses mots dans le genre bien assaisonné, choisit ses images pour qu’elles touchent et frappent crûment, use d’allégories populaires mais en la circonstance volontiers incongrues, et pour quelques-unes fameuses : le civet de lièvre, la grenouille, le pain d’épices...
 En usa dans le registre de l’imprécation, de la critique la plus vive, et amère de plus en plus, s’agissant du cynisme des puissants – « Tous les États sont pervertis et les gens d’en bas sont mal en point », dit-il en appelant les sans-le-sou à forcer à la hache les greniers des riches –, ou s’agissant de l’hypocrisie des religieux – leurs couvents ne sont, dit-il, que maisons de passe – et du caractère anti-démocratique de l’organisation ecclésiale – « Il n’y a pas d’espoir de voir la chrétienté s’améliorer », lâche-t-il du haut de sa chaire en 1508.
 Ses sermons furent par le Saint-Siège, après sa mort en 1510, mis à l’index. Les protestants en firent, avant de bientôt l’oublier, un précurseur de leur Réforme – elle débuta quelques courtes années plus tard.



Spiritualité gastronomique
Les Affiches par Christine MULLER

 Le Civet de lièvre de Jean Geiler de Kaysersberg fait suite à La Nef des Sages, recueil de sermons dont il a été question sous une précédente rubrique. Ici, le grand prédicateur de la Cathédrale de Strasbourg se base sur une recette bien connue des ménagères – mais aussi des couventines – pour exhorter ces dames à plus de contenance dans les moeurs et de piété dans les coeurs. Les différentes étapes de la préparation du civet illustrent le cheminement d’une âme chrétienne vers la perfection. Cet ouvrage a obtenu le Prix Nathan Katz 2008 pour la traduction de Christiane Koch.
 Pourquoi Geiler de Kaysersberg a-t-il choisi un lièvre ? Car l’être humain « est comparable au lièvre. Pourquoi ? Parce qu’il est craintif, et le premier mouvement qui le porte vers Dieu, c’est la crainte ». Le prédicateur s’adresse à la fois aux religieuses dans le coeur et aux laïcs assis dans la nef de la cathédrale. Il les tutoie dans un alsacien rustique dont Christiane Koch a su traduire les nuances et la saveur.
 Geiler illustre son traité en quatorze caractéristiques qui sont autant de métaphores délectables : larder le lièvre pour qu’il « ne brûle pas au feu » et pour « que tu sois lardée et fortifiée par la graisse de la méditation et de l’amour ». Ou assembler les religieuses en « brochettes » afin que la graisse de la foi de la plus ferme goutte sur celle qui en est moins bien dotée. 
 Un ouvrage qui se lit sans mal, à la fois drôle et bourré de sagesse.
 



Les sermons du prophète
Les Affiches par Christine MULLER

 Né à Schaffhouse en 1446, Jean Geiler dit « de Kaysersberg » ne vécut dans cette ville qu’après la mort accidentelle de son père. Étudiant brillant, puis devenu un brillant docteur en théologie, il ne se sentit pas l’âme d’un curé et préféra l’art oratoire. La Nef des Sages est un recueil choisi de sermons enlevés, destinés à l’édification morale du peuple. Jean Geiler s’exprimait en allemand et eut le génie d’émailler ses prédications de faits tirés de la vie de tous les jours.
 Devenu si célèbre que le chapitre cathédrale de Strasbourg fit construire la chaire qui attire toujours les visiteurs à Notre-Dame, Jean Geiler s’inspira – entre autres – de la fameuse Nef des Fous de Sébastien Brant pour illustrer ses ser¬mons, dont celui de La Nef des Sages, plein de fantaisies animalières et de paraboles fortes : « Heureux l’homme chez qui la raison tient tous les leviers de commande ! »
 En préface, Francis Rapp insiste sur le génie pédagogique du prédicateur : « Les fidèles ne devaient pas seu¬lement comprendre ce qu’il leur disait, mais aussi le retenir. Quand il sentait leur attention faiblir, il racontait des historiettes,[...] puis il suivait à nouveau le fil de son raisonnement ». Jean Geiler, grand pourfendeur des excès de l’Église vit naître la Réforme, ce qui ne le dissuada pas de tonner en chaire et filer la métaphore comme un orfèvre du genre. Il y réquisitionne ce qui peut « parler » à son public, les miettes, les fourmis, les plats de légumes, les chevaux qui s’emballent et les charrettes renversées. 
 Une lecture savoureuse et pleine de cette sagesse antique qui nous fait si cruellement défaut !
 



Jean Geiler de Kaysersberg
Revue des Sciences Philosophiques et Théologiques par Jean-Pierre JOSSUA

 Dans la collection « Carnets spirituels », les éditions Arfuyen nous offrent en 2008 deux volumes consacrés au célèbre prédicateur alsacien Jean Geiler de Kaysersberg (1446-1510), l’un de ses sermons : La Nef des Sages, l’autre de petits « traités » ou plutôt entretiens : Le Civet de lièvre, choisis par Francis Rapp et traduits par Christiane Koch.
 Le premier volume a été préfacé par F. Rapp, qui rappelle l’immense renommée du prédicateur de la cathédrale de Strasbourg : un véritable prophète réformateur qui, professeur de théologie, décida – influencé surtout par Gerson – de se consacrer à une pastorale populaire pour laquelle il avait un don pédagogique étonnant. L’aspect critique de sa prédication aussi bien que son insistance sur la justification des pécheurs le firent considérer plus tard comme pré-réformateur.
 C’est Joseph Doré qui présente le second volume. Il compare le style de Geiler à celui de Tauler, cent cinquante ans plus tôt. Les différences sontévidentes : Geiler file longuement des images à portée pratique, Tauler s’appuie sur le cadre liturgique et offre un message spirituel ; Geiler s’adresse à un public plus large, sans négliger pourtant les moniales. Il y a aussi des points communs constants : le renoncement, la Grâce, l’effort continu de la vie chrétienne, l’imitation du Christ.
 Chez Geiler, deux petits recueils qui font suite au Civet de lièvre sont consacrés à l’attitude juste en face de la mort et à l’aide aux mourants ; le second est adapté de Gerson. Si peu enclin que l’on soit à se laisser charmer ou même instruire par ses allégories ou ses métaphores trop exploitées, il faut dire que la lecture des sermons et entretiens est très plaisante et, pour peu que l’on soit attentif, on y découvre pas mal de remarques, allusions et silences bien significatifs. On notera en particulier ce conseil donné après avoir déploré l’impossibilité de réformer non seulement la chrétienté entière, mais même une seule communauté : « Que chacun dans un coin enfonce sa tête dans un trou et s’occupe d’obéir, lui, aux commandements de Dieu, qu’il fasse ce qui est juste pour arriver au salut. » Mais de là à dire, comme Joseph Doré, que Geiler nous est plus proche que Tauler, il y a une marge.



Jean Geiler de Kaysersberg, traduit par Christiane Koch
Revue d’Alsace par Elisabeth Clementz

La Nef des Sages présente dans sa préface la biographie et l’univers mental de Johannes Geiler von Kaysersberg, le célèbre prédicateur de la cathédrale en fonction de 1478 à 1510. Dans cette introduction, Francis Rapp nous livre le portrait savoureux d’un homme de chair et de sang, aux prises avec les problèmes de son époque. C’est du haut de la chaire sculptée en 1485 par Hans Hammer que Geiler essaie d’extirper les vices de ses contemporains. Personne ne trouve grâce à ses yeux : ni les laïcs, ni les religieux, ni les prêtres, ni les évêques, ni les pauvres, ni les riches, ni même les prédicateurs !

L’art de la formule que Geiler maniait avec tant de dextérité a probablement indisposé et choqué plus d’un de ses auditeurs. En 1481, lors d’une période de disette, il s’adresse aux pauvres en ces termes : « Armez-vous de haches, allez vous servir chez ceux qui ont trop de ce qui vous manque ! » Une autre fois, il aborde le problème du relâchement des mœurs dans nombre de couvents non réformés. Du haut de sa chaire, il met les parents en garde contre ces couvents qui n’ont pas adhéré à la stricte observance : « N’y mettez pas vos enfants, tonne-t-il, les filles deviendraient plus vicieuses que des prostituées, et les garçons, les pires voyous ».

Comme le suggèrent ces exemples, l’auteur de la préface a sélectionné judicieusement les formules parfois osées, toujours décapantes utilisées par le célèbre doctor im Munster. Il analyse également pour le lecteur les différentes techniques utilisées par Geiler pour rendre ses sermons incisifs et percutants. Le recours aux symboles et aux allégories est l’une d’entre elles. C’est ainsi qu’au début du Carême 1504, il prononce une série de sermons construits autour du thème des fourmis (Emeis). Partant de leur petitesse, signe d’humilité, Geiler invite ses auditeurs à ne pas mépriser les petits, car, pour lui, les gens humbles ont souvent reçu de Dieu plus de dons que ceux qui se croient pleins d’esprit. Il évoque encore la sagesse des fourmis, leur intelligence et leur savoir-faire pour construire une fourmilière. Aux yeux de Geiler, cette dernière symbolise le rassemblement de toute la chrétienté. Comme la fourmi arrange des pièces à l’intérieur de la fourmilière, les gens réunis en concile doivent faire de la chrétienté un édifice solide et viable.

De fil en aiguille, Geiler en arrive à ce qui lui tient le plus à cœur : la réforme de l’Église. Il s’agit là d’une entreprise difficile. « Réformer la chrétienté est très dur, écrit-il. Aucun concile n’a trouvé la voie pour y arriver ». Autre constatation qui n’est pas dénuée d’amertume : « Le concile de Bâle dans sa totalité n’a pas été assez puissant pour réformer un seul couvent de femmes dans une ville, parce que cette ville avait pris le parti des femmes. Comment un concile réformerait-il alors la chrétienté ? »

Déçu par l’action d’Albrecht von Bayern, évêque de Strasbourg de 1478 à 1506, Geiler n’hésite pas à s’en prendre aux évêques en général. « Ils devraient s’attacher entièrement à Dieu et laisser tomber tout le reste. Mais ils font plutôt le contraire ; ils ont tant à faire avec les affaires de ce monde, qu’ils sont occupés toute la journée ; ils ont à peine le temps de respecter les temps de prière et de souffler ; ils doivent juger des affaires de cinq sous, avoir le bâton en main, tant s’agiter qu’ils ne peuvent tourner leur coeur vers Dieu. Cela est indigne d’eux, ils valent plus ; ils devraient avoir honte ». Toute l’œuvre de Geiler est tendue vers ce but unique : promouvoir la réforme de l’Église, in capite et in membris.

Le cycle de sermons intitulé Le Civet de Lièvre (Der Has im Pfeffer), prononcés pour les dominicaines de Sainte-Catherine de Strasbourg en 1502 relève de la même veine. Geiler fait le parallèle entre un conventuel agréable à Dieu et le petit rongeur aux pattes postérieures puissantes qui lui permettent d’aller vite et de distancer ses éventuels prédateurs. Pour Geiler, tout être spirituel doit imiter le lièvre et courir pour faire de bonnes œuvres. Comme il arrive au lièvre d’être poursuivi par une meute de chiens, les esprits mauvais sont une menace constante pour le chrétien. Dans les situations délicates, le lièvre met tout son espoir dans la fuite. En cela aussi, il doit être un modèle pour le chrétien qui doit s’appliquer à fuir le vice de l’impureté. La comparaison entre le chrétien et le lièvre devient encore plus hardie quand on en arrive au dépiautage de ce dernier. Pour Geiler, il faut aussi tirer la peau par-dessus les oreilles de l’être humain spirituel, le larder et le rôtir, bien l’assaisonner pour pouvoir le manger. Il y a des peaux rebelles – la richesse, la volonté propre – qui empêchent la grâce de pénétrer.

Une fois de plus, par ce cycle de sermons, Geiler explique comment il conçoit une vie conventuelle vertueuse. À ses yeux, il n’y a pas de véritable réforme des couvents sans clôture. En effet, seuls de hauts murs sont capables de garantir la régularité. Par ailleurs, l’observation du silence, la table et le vestiaire communs sont indispensables pour une vie conventuelle harmonieuse. Au sujet du vestiaire, Geiler ajoute : « aucune ne doit garder des habits au fond de sa cellule. Elle s’y cramponnerait, comme le fait un pou sur sa tête ». Ce cycle de sermons s’achève sur une note optimiste : « lorsque toutes ces choses ont été faites, que le civet et le lièvre sont bien préparés, on les met dans deux plats en or et on les porte à la table du roi ; là, ils sont reçus et mangés avec joie. Quand une personne chrétienne authentique est préparée selon les étapes qui viennent d’être dites, elle est élevée par les mains des saints anges dans la félicité éternelle devant la face du roi céleste ; elle est portée entre deux plats de gloire, un pour le corps et un pour l’âme ».

Comme le propose Mgr Joseph Doré à la fin de sa préface, on ne peut qu’inviter le lecteur à savourer ce « civet de lièvre » ! La dégustation est d’autant plus agréable que la traduction faite par Christiane Koch est réussie. Il n’est pas facile de rendre en français la langue colorée de celui qui se définissait comme un « veilleur sur la tour ». On aurait éventuellement pu rajouter dans la bibliographie concernant Geiler l’ouvrage de Rita Voltmer dont le titre est justement « Wïe ein Wächter auf dem Turm ».