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LA BOURSE DE TRADUCTION DU PRIX NATHAN KATZ DU PATRIMOINE

2005

Gaston JUNG

  Gaston Jung a été le deuxième Lauréat de la Bourse de Traduction du Prix du Patrimoine Nathan Katz. La Bourse de Traduction lui a été décernée en novembre 2005 et remise en mars 2006 dans le cadre des 1ères Rencontres Européennes de Littérature à Strasbourg.

 DU TNS À L’ÉDITION
 Gaston Jung est né à Strasbourg en 1932.
 Metteur en scène, écrivain, traducteur, éditeur, il a fondé le Théâtre des Drapiers (1964) et les Éditions Le Drapier (1992). 
 Il a enseigné le théâtre au Théâtre National de Strasbourg (TNS), à Paris, à Nice, à Bruxelles et Lisbonne.
 Il est également l’auteur d’émissions pour la télévision. 
 
 LE TRAVAIL D’ÉCRITURE
 Gaston Jung a publié des ouvrages en prose, ainsi que des livres de poésie en français, en alsacien et en allemand. 
 Il est également l’auteur d’une monographie : Trajectoires (Revue Alsacienne de Littérature).
 Il a reçu en 1993 le Prix de la Société des Écrivains d’Alsace.

BIBLIOGRAPHIE

 PROSES 
Hélas Stanislas, Éditions du Drapier
Ylviuys, ibid.
Schneewitt, ibid.
Le tortu, ibid. 
 
 POÉSIE
 En français :
Trop, Lieux-dits
Périple, ibid. 
 En alsacien :
Aanfiirholz (Le Drapier)
Offe Gsaat (Do Bentzinger)
 En allemand
Ballast (Krautgarten)
 Un disque a été consacré à ses poèmes : Géraldine Keller chante Gaston Jung (Le Drapier).

 OUVRAGES TRADUITS DANS LE CADRE DU PRIX
 Les Frères Matthis, Bois d’oignon (Arfuyen, 2006), bilingue strasbourgeois-français, première traduction en volume d’un choix de poèmes des Frères Matthis.

DISCOURS

DISCOURS DE RÉCEPTION
DE LA BOURSE DE TRADUCTION DU PRIX DU PATRIMOINE NATHAN KATZ
PRONONCÉ PAR GASTON JUNG LE 3 MARS 2006 A STRASBOURG

Pourquoi je traduis des poèmes des frères Matthis
(Rêve les yeux grands ouverts)
traduit du strasbourgeois par l\'Auteur

 

1
Disons que je rêve et que ce rêve trop beau
séparé du réel par une grille rouillée
est fait d’un grand tapis de divers végétaux
devenus minéraux, leur éclat conservé :
petits galets blancs-jaunes, en forme de mirabelles
pommes rouges pommes pâles, citrons et citronnelles
melons verts ronds et fermes comme boulets à canon
et plus de dix-mille fruits-pavés dans le gazon…

2
Cette image de la vie où règnent dans la splendeur
les saveurs d’un parterre bariolé de couleurs
a toutes les apparences d’une cour d’église rurale et
réformée dans une rue citadine dite « du Bouclier »
à Strasbourg, et cette cour de rêve pavée des plus
vifs coloris, confrontée à l’église aux murs nus
et modestes, gris et muets, sauf quand appellent
le dimanche les cloches – cette image est éternelle…

3
À ces fruits ainsi rutilants, vrais ou faux :
pommes poires coings pêches prunes abricots
mirabelles cerises et rhubarbe et groseilles
fraises et framboises   plus : dix ou douze recueils
de poèmes, rectangles où on lit un (pré)nom
de poètes écrivant l’alsacien ou bilingues ou bien
triphones   hier : Nathan, Albert et Adolphe   main-
tenant : Claude, André, Adrien, Conrad, Sylvie, Gaston…

4
Et chacun a posé sur l’herbe une fleur ou un morceau
de plante qui lui ressemble : Nathan une colchique
d’automne – – celle qu’Albert nomme du magnifique
mot « fülefüte », Adolphe préfère de loin un coquelicot,
Claude aime une ortie noire même sans fleur, André
est amoureux d’un pommier en fleur, Adrien s’émeut
à la vue du lierre, Conrad se chauffe au soleil-
tournesol, Sylvie adore les bouquets d’étoiles
et Gaston aime du chardon la fleur bleue…

5
La rue du Bouclier à Strasbourg relie la Grand-rue
à la place Saint-Thomas et la « Petite France » connue
pour ses ruelles, ses berges et ses ponts qui sont
à toute heure autant d’invitations   et si l’envie
vous vient d’aller de place Kléber jusqu’aux Ponts-
Couverts et par le quartier Finkwiller, le circuit
tournant pour aboutir à Gutenberg   alors vos pas sont
dans les pas des frères Matthis, il y a plus de cent ans…

6
Et tout comme moi vous rencontrerez un de nos vieux
frères-poètes ou même un plus jeune (Jean-Paul ou Joseph)
dans ces quartiers le long de l’Ill ou autour de la nef
de l’imposante cathédrale – ô merveille parmi les lieux
témoins de l’art et de la foi, qui durent malgré les incendies
les tempêtes les guerres et les épidémies, depuis
qu’en l’an huit-cent-vingt six Ernold dit le Noir a décrit
une première église (en bois) sise à cet endroit précis…

7
Et quand tard le soir au « Coin des Pucelles » ou au « Saint-
Sépulcre » vous buvez comme les frères Matthis le vin
de l’Amitié à la santé de l’Alsace et de la bonne vie,
dehors sous les étoiles la flèche de la cathédrale a mis
son doigt de pierre dans le sens du désir d’avenir :
vers le haut et conçu pour durer. L’art de mêler sourire
et mélancolie, espoir et modestie, réalité rude et poésie

se situe, pour nos poètes-jumeaux, comme leur ville : ici,
entre un fleuve qui relie et qu’un vignoble ennoblit, une liberté bénie.

 

 

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